‹ Pierre OlivaintChapitre 37 sur 293 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

par la cliarité qui débordait. Je me souviens des bons avis qu'ils me donnaient avec délicatesse, et de leur douce patience. Ils me soutinrent,, me conseillèrent admirablement, comme des anges visibles, pendant nos trois années de séjour à l'École. «

Les rôles étaient-ils donc intervertis? Ce n'est pas probable; mais chacun d'eux oubliait le bien qu'il faisait, pour ne penser qu'à ce qu'il recevait des autres.

Ils avaient mis en commun leur bonne volonté et leurs pieuses inspirations; c'était peu. Jeunes et sans expérience, ils se dirent qu'il leur fallait un mentor qui les dirigeât par ses conseils et les édifiât par son exemple. Dieu leur fît la grâce de le rencontrer. La scène à laquelle donna lieu l'heureuse découverte est charmante, malgré la vulgarité moderne de quelques détails. Un matin de dimanche, Olivaint et Pitard dirent à leur ami : « Nous avons trouvé celui que nous cherchions. — Ah! où donc est-il? — Pour l'instant, dans la guérite d'un garde national où il achève sa faction, rue Garancière. »

Ce fut là que les trois jeunes gens coururent ensemble serrer la main de l'homme sage et bon qui allait désormais être leur ancien et leur frère. Celui-ci les conduisit, non loin de là, chez lui, où l'agape fraternelle les attendait. Dès lors, nos étudiants ne furent plus seals dans Paris: ils s'étaient constitués en famille, bien volontiers soumis à cette direction paternelle de leur choix.

Cet homme excellent, alors médecin, prêtre aujourd'hui, est resté jusqu'au bout l'ami intime, le père de

Charles, de Pierre et de Félix. Il était impossible de ne pas indiquer au moins cette intervention providentielle de la maturité prudente et circonspecte dans les entreprises généreuses, parfois hardies jusqu'à l'audace, de ceux qui, dès lors, furent nommés les catholiques à l'École normale.

A vrai dire, ils n'étaient pas les seuls. Assez nom breux étaient ceux qui gardaient au fond du cœur le trésor des convictions chrétiennes ; la section des sciences en comptait plusieurs, et la section des lettres dont nous parlons plus particulièrement ici, n'était pas sans en posséder quelques-uns. Seulement, on les ignorait un peu ; l'occasion ne s'était pas présentée ou n'avait pas été saisie, de manifester avec éclat leurs sentiments, tandis que nos convertis, par un brusque changement, avaient concentré sur eux l'attention curieuse de tous. Non contents de remplir leurs devoirs de catholiques, ils avaient publiquement fait acte de foi ; bravant tout respect humain, ils se donnaient hautement pour ce qu'ils étaient et marchaient, bannière déployée, animés d'un esprit de conquête. On les avait vus dans les églises agenouillés parmi les femmes et les enfants ; ils s'étaient confessés, ils avaient communié ; on le savait, ils l'avouaient. N'était-ce pas, disait-on, compromettre l'honneur de l'École?

Ils laissaient dire et allaient bravement leur chemin, sans se permettre d'ailleurs aucune provocation, sans se laisser entraînera des discussions irritantes. Au fond, tous les estimaient, beaucoup les aimaient, et ceux qui témoignaient auelque hostilité, faisaient

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