CHAPITRE IV
la guerre à leur façon de penser et d'agir, sans manquer d'égards pour leur personne.
Au commencement, quelques mauvais plaisants avaient bien essayé, selon l'usage, de tourner en ridicule la conversion d'Olivaint et de ses amis, et de les mettre au ban de l'opinion. Pour cela, ne suftlsait-il pas de leur infliger l'humiliation d'une épithètebien choisie? Le petit groupe catholique fut appelé la bande des niais. Mais l'expédient n'eut aucun succès. Ces niais avaient vraiment trop d'esprit, et dans les joutes de paroles, trouvaient mieux que tout autre, avec l'argument décisif, le mot pour rire. Étaient-ils niais, pour penser comme Augustin, Thomas d'Aquin et Bossuet? Étaient-ils niais, pour afficher des principes que le programme officiel ne dictait point, pour mettre leurs actes d'accord avec leur croyance, au risque de compromettre leur avenir? Après tout, si c'était une folie, c'était celle dont saint Paul et les premiers chrétiens se faisaient gloire : Nos stulti propter Christum •.
Cependant il est quelque chose qui, pour persua der,vaut mieux que l'esprit, c'est le cœur. Or, les trois catholiques se montraient envers tous si pleins de courtoisie, de prévenance et de'dévouement!
Il y avait à l'École normale un jeune homme qu'une crise nerveuse saisissait subitement pendant la nuit. A chaque attaque du mal, le pauvre épileptique tombait de son lit, et se roulait sur le sol avec des convulsions et des cris horribhs. Alors
l, l Cor., IV, 10.
avait lieu une scène toucliante, qui montre jusqu'où allait ce sentiment de camaraderie fraternelle chez des jeunes gens divisés d'opinion sur bien des choses, mais unanimes dans leur mutuelle et généreuse sympathie. C'était à qui courrait le plus vite auprès du malheureux, et l'un des plus empressés, qui ne manquait jamais de répondre à l'alerte, affirme qu'il trouvait toujours Olivaint arrivé le premier. Le second, dans ce concours de l'amitié, était un jeune protestant de Genève, auquel Dieu, espérons~le, fera l'aumône de la vérité en retour de sa charité.
Le cœur d'un jeune homme, fût- il égaré par la passion, garde toujours un secret instinct pour tout ce qui est désintéressement et sacrifice, et sa sympathie est acquise d'avance à qui s'oublie soi-même pour servir autrui. Les élèves de l'École qui s'étaient rencontrés au chevet du jeune malade avec les trois catholiques ne pouvaient plus être leurs ennemis. Peu à peu les préventions tombèrent ; il ne fut plus guère question de la bande des niais, et l'on ne songea pas davantage à traiter en parias d'aimables et courageux camarades qui attaquaient sans colère et se défendaient sans aigreur.
Ceux-ci, jour par jour et pas à pas, avançaient leur pacifique conquête et grossissaient leurs rangs de précieuses recrues. A ce sujet, Charles écrit : « Qui nous valut celte position nouvelle? Assurément, ce fut Olivaint. Pitard par sa douce influence, y contribua sans doute; mais il n'était que le second d'Olivaint, né pour commander par le dévouement. »
Cependant, voués à une œuvre surnaturelle d'apo