‹ Pierre OlivaintChapitre 4 sur 293 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

meura jusqu'à la fin tendrement dévoué, et une sœur, Maiie-Joséphine-Nathalie, âme pure et privilégiée qui devait s'envoler de la terre à seize ans, pour devenir sans doute l'ange gardien de ceux qu'elle quittait.

Les trois enfants grandirent dans une maison d'où Dieu était absent. Nulle part leurs yeux n'y rencontraient l'image du Sauveur crucifié et de sa sainte Mère ; personne, dans la famille, ne leur donnait l'exemple de la prière; rarement on les conduisait à l'église. A ce sujet, le P. Olivaint racontait un jour, avec un sourire triste, un de ses plus lointains souvenirs. Quelqu'un ayant profité de l'absence de son père pour dire qu'il était fâcheux qu'un homme aussi estimable ne remplît pas son devoir de chrétien, le petit Pierre, prompt à venger à sa manière l'honneur paternel, s'écria naïvement : ce Oh ! papa va à la messe quand on baptise petit frère. »

Déjà l'enfant avait l'humeur vaillante et le cœur généreux. Il rêvait guerre et bataille, répétant à qui voulait l'entendre, qu'il serait soldat, comme son père, et même général. Son jeune frère, alors d'un caractère plus pacifique, jouait paisiblement à la messe et à la procession, caprice enfantin qui contrastait avec tout ce qui, sous le toit paternel, frappait son imagination et ses yeux. D'ordinaire ces premiers indices sont moins trompeurs : Jules devait être officier d'administration en Afrique ; Pierre prêtre et jésuite. Il est vrai que le religieux gardera sa bravoure dans l'apostolat et jusque dans la mort.

Vers la fin de Tannée 1828, Pierre fut placé dans

une institution de la rue des Francs-Bourgeois qui suivait les cours du collège Charlemagne. L'écolier ne se doutait guère que les bâtiments de ce collège royal où il venait deux fois le jour, avaient été construits, grâce aux libéralités de Louis XIII, pour une tout autre destination, et qu'il se trouvait là dans l'ancienne Maison professe de la Compagnie de Jésus, lui, destiné à gouverner un jour, à Paris même, une maison semblable.

Il avait douze ans et venait d'entrer en cinquième. C'est à cette époque sans doute qu'il fît sa première communion; mais nous en sommes là-dessus réduit aux conjectures. Cette grande action, à laquelle il semble avoir été insuffisamment préparé, si elle ne fut pas sans fruit, du moins ne laissa pas d'impressions bien profondes.

L'un des professeurs de Pierre Olivaint, M. Bétolaud, qui a survécu à son élève, rend bon témoignage de son intelligence et de son application. L'enfant avait appris, à la rude école du malheur, où l'avait mis tout d'abord la divine Providence, la nécessité et le mérite du travail. Toutefois de brillants succès ne furent pas la récompense de ses premiers efforts; il occupait, parmi ses nombreux condisciples, une place honorable, mais non le premier rang. Il est juste de dire qu'il avait à lutter avec de dignes rivaux, qui, pour la plupart, se sont fait depuis un nom dans le haut enseignement, dans les sciences, dans la magistrature et le barreau *. Pierre, loin de

1. Nous pouvons citer M. Jourdain^ membre de l'Institut, inspecteur

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