‹ Pierre OlivaintChapitre 42 sur 293 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

bruit confus, à ces ténèbres, image du mal dont il souiïrait!

Les catholiques qui ne doutaient de rien, quand il s'abaissait de sauver une âme, concertèrent leurs efTorts pour assurer cette difficile capture. Ils tendirent les filets, espérant de Dieu la poche miraculeuse. Un ami leur avait déjà préparé les voies; Adrien Déroulède s'était pieusement acharné à la conversion de son infortuné camarade; mais cet angélique jeune homme venait de quitter volontairement l'École, après un séjour de six mois, pour se faire prêtre. Il devait succomber plus tard, aumônier du lycée d'Angoulèmc, aux pénibles labeurs de son dévouement. Le départ de ce saint ami fut un motif de plus pour Olivaint et ses lieutenants de livrer au juif incrédule de nombreux assauts, qui peut-être eussent été impuissants à rompre une opiniâtre résistance, sans le concours inespéré et bien involontaire de M. Cousin.

Le directeur de l'École normale ne dissimulait pas l'aversion profonde qu'il nourrissait contre Hernsheim. Exerçant une sorte de haut domaine sur l'enseignement philosophique, il voyait avec déplaisir ce juif d'un caractère si compromettant aspirer â une chaire universitaire, d'autant plus que le jeune indépendant repoussait avec hauteur les axiomes convenus et les formules banales de la philosophie officielle. Hernsheim fut donc recommandé, non par bienveillance, â i'ami peu scrupuleux de M. Cousin, le trop fameux Libri Bagnano, examinateur pour le baccalauréat es sciences. Au grand étonnement de tous, le brillant candidat fut refusé.

Pour comprendre ce qu'un pareil échec avait d'îmmiliant et de douloureux, il faut savoir que, d'après les règlements rigoureusement appliqués, Hernsheim était dès lors réduit à quitter l'École, avant d'avoir subi répreuve d'agrégation. Lui, qui avait rêvé de S6 ^aire un nom à Paris, était envoyé dans un collège «.'ommunal, au fond d'une province éloignée. En vain M. Vacherot, professeur de philosophie et directeur des études, vanta-t-il le mérite exceptionnel de son élève, entré à l'École avec le premier prix de dissertation latine au grand concours. En vain lui ménageat-il l'occasion de montrer son talent précoce dans une belle leçon sur les monades de Leibnitz. En vain Hernsheim lui-même en appela-t-il au ministre de l'instruction publique. Celui-ci cassa la première nomination, mais ce fut pour lui confier un poste des plus modestes, la chaire de philosophie au lycée de Pontivy! Ainsi .la disgrâce était complète, le jeune incrédule se voyait enseveli vivant dans une petite ville de Bretagne, encore inféodée, disait-il, à de gothiques préjugés. Il partit frémissant de colère; mais il ne parvint pas au terme du voyage.

Déjà souffrant, quand il se mit enroule, Hernsheim tomba dangereusement malade à Rennes, et passa plusieursjours dans un étatd'évanouissementpresquc continu. Un éminent professeur à la Faculté def. lettres, M. Th. -Henri Martin, prit un soin paternel du pauvre enfant dont les médecins désespéraient, et le fit transporter à rinfirmerie du lycée « Là, que se passa-t-il entre Dieu et cette âme longtemps rebelle? Gomment ce nouveau Saul fut-il terrassé sur

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