Né le 22 mars
Condamné à remporter des couronnes au grand concours, pour l'honneur de la pension qui l'avait adopté, il exerça et assouplit certains ressorts de l'esprit aux dépens des autres et il arriva à l'Ecole normale plein d'orgueil, incapable de discipline, gâté par les vices de son éducation. Sans être au fond plus partisan du Talmud que de l'Évangile, il se disait Israélite, pour mieux affirmer son opposition au catholicisme. Impitoyable railleur, riant de tout d'un mauvais rire, il n'épargnait pas plus, dans ses sarcasmes, la philosophie officielle que la religion. « Un jour, raconte son biographe', il présentait à un professeur dont il était le seul disciple, un travail qui concluait à l'inanité des labeurs philosophiques. « C'est forte- « ment pensé, lui fut-il répondu, vos conclusions paît raissent d'une grande justesse; mais prenez garde, « il y aurait danger à les exprimer trop haut. «
Le jeune sceptique eut dès lors beau jeu contre les hommes et les doctrines. Mais sa verve impitoyable s'exerçait de préférence aux dépens de la minorité courageuse des catholiques ; c'était en pareil cas surtout, comme il l'avouait plus tard lui-même, que, « dans la cour de l'École, il n'était jamais à demi mauvais plaisant »
Pauvre enfant, qui, le jour, affectait une gaieté folle et qui, le soir, accoudé sur la fenêtre de sa mansarde, prêtant une oreille rêveuse à la rumeur immense de la grande ville, prenait un mélancolique plaisir î'i ce
1. Le P. Hernsfieim de V ordre des Frères prêcheur s, par le P. Danzas, provincial du même ordre. Paris, Poussielgue, 1856.