CHAPITRE I
qu'une soutane. » On voit qu'il était loin de se douter du sort que Dieu lui réservait!
L'esprit railleur et léger du Parisien affectait alors chez lui les allures d'un petit Voltaire, combattues bientôt par de nobles sentiments et par une vague tristesse. Le sarcasme irréligieux se mêlait aisément, dans ses entretiens d'écolier, à des tirades révolutionnaires, apprises dans les livres qui lui tombaient plus souvent sous la main. C'était la lutte de ce double instinct dont parle le poëte sceptique :
Près du besoin de croire un désir de nier,
Et l'esprit qui ricane auprès du cœur qui pleure*.
Plus tard, faisant allusion à ces idées folles, à ces préjugés irréfléchis contre la foi chrétienne, Pierre laissera échapper ce douloureux aveu, digne de Paul et d'Augustin : « Je me rappelle mon éducation, mes passions antireligieuses à la sortie du collège, combien j'étais plongé dans ce nouveau paganisme, comme ça m'aurait bien été de combattre par l'épée, par la parole, contre Jésus-Christ et son Église!... Et j'aurais cru par là rendre service à Dieu : Ohsequium prœstare Deo *. »
Ce que prouve surtout cette confession sincère, c'est le grand amour du converti pour son divin maître, et l'humilité profonde qui exagère à ses yeux les torts de sa première jeunesse.
Ses amis de collège le jugeaient autrement et dé-
ï. Victor Hugo, Chants du crépuscule.