CHAPITRE VI
o Monsieur,
« Permettez-moi de vous remercier de la lettre si touchante que vous m'avez écrite au nom de la Conférence. Je la garderai comme un dépôt précieux, comme l'un des souvenirs les plus chers de ma vie, comme une obligation aussi de rester uni à votre pieuse phalange dans le service de Dieu. Veuillez, monsieur le Président, vous rendre mon interprète auprès de nos bien-aimés confrères et leur dire avec quel étonncment et quel bonheur j'ai reçu le témoignage de leur amitié trop bienveillante. Je n'oublierai jamais les impressions salutaires que j'ai reçues au milieu d'eux, la confiance désintéressée qu'ils avaient mise en moi, malgré ma faiblesse, le concours qu'ils m'ont prêté jusqu'à la fin, et cette indulgence qui a dicté votre lettre.
« Depuis que je vous ai fait mes adieux je n'ai pu revoir aucune des Conférences de Saint-Vincent de Paul; aussi je ressens dans mon cœur un besoin que rien n'apaise et je comprends mieux que jamais, pendant l'absence, combien nos petites réunions sont douces. Ecce quam honum etquam jucundum hahitare fratres in unwm!
« Laissez-nnioi la consolation d'espérer que quelque fois, le soir, avant de vous séparer, vous ne prierez pas seulement pour les frères morts, mais que vous offrirez aussi à Dieu une de vos pensées pour les frères absents, bien tièdes peut-être et bien lâches,
1S6 PIERRE OLIVAINT.
parce qu'ils ne peuvent plus puiser au milieu de vous le zèle et le courage.
« Votre très -humble et très- obéissant confrère en Jésus-Christ et en saint Vincent de Paul.
« Olivaint. »
« 17 mai 1841. >■
Cette correspondance heureusement sauvée de l'oubli nous fait entrer plus avant dans l'intimité des relations affectueuses que les membres des Conférences de Saint-Vincent-de-Paul entretenaient avec Pierre Olivaint.
M. l'abbé Lantier, aujourd'hui supérieur général de l'Institut des Frères de Saint Vincent-de-Paul, nous fait aussi l'éloge du zèle intelligent et dévoué de son ami, « Rien n'était plus intéressant, dit-il, plus édifiant que les procès-verbaux de M. Olivaint. Mon bon vieux père venait à la Conférence en grande partie pour les entendre. Ce n'était pas la moindre cause du succès de cette fondation. Avantet après chaque réunion on échangeait quelques mots. C'était de la part de M. Olivaint, l'accueille plus fraternel, le plus cordial qu'on pût désirer. Uni à quelques amis, il avait entrepris de combattre le respect humain parmi les hommes; et pour cela, ils allaient ensemble communier dans une paroisse désignée d'avance, à une messe où le concours des fidèles devait être le plus considérable. Il me demanda un jour pour le pieux combat, et je lui répondis que je n'étais pas prêt comme cela à communier : « Mais, mon cher ami,