CHAPITRE VII
Zèle persévérant de Pierre Olivaint pour la coaversioa d'un ami.
Pierre avait un ami, chéri comme un frère, celuilà même qui, durant son absence, avait consolé sa mère et recueilli les dernières paroles de sa jeune sœur. D'éminentes qualités faisaient présager déjà la haute position qu'il s'esl faite depuis au barreau et dans les assemblées parlementaires. Xavier était un de ses prénoms : Olivaint se plaisait à l'appeler ainsi , et nous suivrons son exemple.
La conformité de sentiments entre les deux jeunes gens était parfaite, sauf en ce qui touchait à la religion. La généreuse conversion de Pierre et sa vie nouvelle avaier-t d'abord jeté Xavier dans une pénible surprise; il lui semblait que Dieu lui dérobât son meilleur ami; il se demandait ce qu'allait devenir leur mutuelle affection ; enfin, plein d'inquiétude, n'osant exprimer de vive voix le doute qui le touripentait, il écrivit à Olivaint les lignes suivantes :
U4 PIERRE OLIVAINT.
« Mon ami, l'ardeur de ta foi, ton austérité ext/éme nous font redouter, à ta mère et à moi, des conséquences qui nous affligent... Demande-toi bien, je t'en prie, si la résistance que tu rencontrerais dans mon amitié raisonneuse ne te conduira pas à te séparer du contact des non-croyants, quels qu'ils soient. Loin d'être hostile à la religion, je suis disposé à faire tous mes efforts, tu lésais, pour croire à ses dogmes; tu sais aussi qu'une fois arrivé là, j'aurais assez de logique dans l'esprit, pour ne pas me contenter d'une théorie vaine et par cela même coupable. Mais, si cet heureux résultat que je désire n'arrivait pas, alors que feras-tu?... Voilà, mon ami, la question que je t'adresse en tremblant. C'est sur l'avenir que j'ai besoin d'être rassuré, car une amitié dont on prévoit le terme est déjà bien compromise.
« Je ne sais si je me trompe, et cela est possible ; car tu vis dans une sphère où je n'ai pas le bonheur d'être ; mais il me semble que ce serait agir avec une charité évangélique que de te rapprocher de plus en plus des amis que tu vois s'écarter, de les ramener par tes conseils, plutôt que de les abandonner à euxmêmes. L'homme égoïste qui voit faire le mal, laisse le méchant préparer et consommer sa ruine : ce ne sont pas ses affaires. L'homme dévoué, au contraire, lui prodigue ses secours, le retient au bord du précipice, et ne le délaisse pas, tant qu'il reste une lueur d'espoir. Le chrétien serait-il moins généreux que cet homme? »
Pierre OUvaint fut vivement ému. La piété, chez lui, avait transformé l'amitié sans la détruire; pour