‹ Pierre OlivaintChapitre 81 sur 293 · CHAPITRE VIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIÏ

longue, au lieu de l'en accuser, je demanderais à en porter pour toi la peine. «

A ces témoignages d'un dévouement si tendre, Xavier répondit par un cri de confiance et de fraternel abandon : « Convertis-moi, je t'en supplie ; je t'aime et je sens que c'est par ta bouche seule que la vérité peut me venir. »

Et Pierre, tout joyeux : « Ainsi, écrivait-il, mon bien cher ami, mon bon frère, tu comprends notre amitié comme je la comprends moi-môme. Dieu n'a permis que nous nous rencontrions dans la vie que pour que nous allions vers Lui en nous tenant ensemble. Nous nous étions éloignés de Lui, l'un et l'autre ; par une grâce que je ne méritais pas, je suh revenu le premier ; il faut maintenant que je t'attire ; tu m'imposes toi-même le devoir de l'aider à franchir le seuil : tu fais toi-même peser sur moi la responsabilité de ton avenir. Ton cœur va au-devant de la foi ; laisse-moi te répondre avec le cœur. C'est l'ami que tu as appelé : entre amis tout va du cœur au cœur, et quand la raison apporte ses preuves, c'est par le cœur qu'elle doit les faire passer. ^^

Ce que Pierre veut expliquer avant tout, c'est le motif de cette confiance absolue que Xavier met en lui : « Ce n'est pas à fami seulement que tu demandes une réponse, c'est à l'ami chrétien. Si j'étais saintsimonicn, panthéiste, dévoué à une opinion humaine quelconque, tu ne m'aurais assurément pas dit : « Cestpar ta bouche seule que la vérilépeut me venir. » Pourquoi donc est-ce à l'ami chrétien que tu t'adresses ? Dieu a parlé, tu le sens, et c'est pour cela que lu

as donné le témoignage le plus louchant de ta confiance à l'un de ceux qui vivent dans la foi à sa divine parole.

« Mais encore, pourquoi est-ce à l'ami chrétien que tu t'adresses? Ton âme généreuse, je dirais naiurellement chrétienne, a depuis longtemps choisi la bonne part; depuis longtemps tu t'es promis dans ton cœur de te consacrer à la pratique du bien et à la vertu; et quand tu as regardé autour de toi quels seraient tes compagnons dans cette route difficile, tu as vu les catholiques fervents et sincères au premier rang; tu as reconnu, n'est-ce pas? que les plus grands dévouements, les mœurs les plus douces et les plus pures, la charité la plus vive, se trouvaient dans ceux qui ont franchement accepté le joug béni du Seigneur.

« Et puis tu as cherché des heureux en ce pauvre monde, et cette fois encore l'Église t'a montré ses enfants, ceux du moins qui aiment Dieu de toutes leurs forces, qui ne savent que le servir et dont le visage respire constamment cette paix inconnue au monde, cette joie pure qui ne peut appartenir qu'à la vérité et à la vertu. »

Comme l'ange gardien, Olivaint ne cessa plus de veiller, avec une sollicitude fraternelle, sur fâme qu'il voulait sauver. Se décourageait -elle, il était là pour lui prêter son appui. Un jour, Xavier, lui laissant entrevoir le trouble qui l'agitait, avait brusquement interrompu sa confidence, et terminé sa lettre par ces mots : « Laissons tout cela.... » « Non, non, réplique Olivaint; non, mon cher philosophe;

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