‹ Pierre OlivaintChapitre 82 sur 293 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

il y a devant ta conscience une question posée ; c'est en vain que les affaires feront tumulte autour de loi ; lu n'auras de repos, tu ne connaîtras la paix que quand tu te seras sérieusement mis à l'œuvre pour la résoudre.

« Laissons tout cela^ dis-tu à propos de ce qui se passe dans ton ame. Non, cher ami, ne laissons pas tout cela, ni dans nos lettres, ni dans nos conversations, ni dans nos méditations, ni dans nos prières Tu n'es pas de ceux qui parviennent à s'étourdir. Ton âme veut la vérité, elle veut Dieu : Vult et non vult ! Quand donc le voudra-t-elle vraiment? Quand donc ne voudra-t-elle plus autre chose? Quand donc sera-t-elle logique dans son désillusionnement ? En poursuivant les pauvres avantages que le monde peut offrir, feras-tu longtemps comme un chasseur dégoûté de la chasse, et qui s'obstine h chasser encore? w

Cependant, Pierre se gardait bien de compromettre, par un zèle intempestif, l'œuvre de Dieu si heureusement commencée. Il savait attendre, et quand Xavier surpris lui demandait la raison de cette circonspection inattendue, le jeune apôtre répondait :

« Dieu m'en est témoin, mon bon frère, je désirais vivement ces causeries intimes dont tu éprouves le besoin et dans lesquelles j'aurais voulu recevoir le fardeau de tes inquiétudes intérieures, pour t'offrir en échange ce qui me rend bientôt la joie quand je suis triste et la paix quand l'âme est troublée; mais je craignais de te presser trop, de te chanter une antienne importune^ et j'attendais de Dien les occasions

favorables. Les âmes même les plus franches, ne sont pas toujours prêtes à recevoir les communications de la foi. »

Pierre Olivaint comprenait à merveille que tout son zèle serait impuissant à convertir cette seule âme, si Dieu n'intervenait par sa grâce. C'est ce qu'il s'efforçait de bien faire entendre à son ami : « Une conversion, cher ami, c'est l'entrée de Dieu dans une âme; c'est le soleil qui fait sentir sa présence. Les hommes ne convertissent pas, les livres ne convertissent pas; ils peuvent préparer une conversion ; ce sont les moyens dont Dieu se sert quelquefois pour renverser les murailles qui s'opposent à son passage; mais c'est Lui seul qui prend véritablement la place ; elle ne se rend que quand il se montre; il n'appartient qu'à Lui d'y entrer en vainqueur. »

La prière était, par conséquent, le plus efficace moyen de gagner à la foi catholique l'ami travaillé par le doute. Pierre ne cessait d'intercéder en sa faveur, et de faire pour lui violence au cœur de Dieu.

« J'ai prié pour toi, mon cher ami, j'ai fait prier pour toi : Ignoti etiam orant*. Hier, j'ai communié pour toi, j'ai offert pour toi le Corps et le Sang de Notre -Seigneur, et quand j'ai fait la visite à mes malades et à mes mourants, je t'ai associé dans mon cœur â cette œuvre, de sorte qu'elle pût être comptée comme tienne et attirer sur toi des bénédictions. Nous avons ainsi, à ton insu, consolé des âmes affligées, relevé plusieurs courages, déterminé quelques

Page 1