‹ Pierre OlivaintChapitre 95 sur 293 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

pline. Il s'agissait de consacrer trois ou quatre années à un seul 61ève et de sacrifier une position, sinon plus honorable, du moins plus indépendante. Mais, d'autre part, avec une libéralité de grand seigneur, le duc s'engageait à reporter sur la tête de Mnme Olivaint, à titre de rente viagère, la partie la plus considérable des honoraires dévolus au précepteur. Pierre vit, dans ces arrangements, le côté providentiel, et en y souscrivant, il mit encore en pratique l'adage favori de son amour filial : Rien pour moi, tout pour ma mère.

Dieu, qui le destinait à devenir un maître éminent, voulait qu'il connût par expérience et pût sagement comparer l'éducation privée et l'éducation publique, avec leurs inconvénients et leurs avantages. Plus tard, l'autorité de ses conseils sera d'autant plus grande, qu'ils s'appuieront sur des souvenirs personnels.

Pierre passa trois années à Montmirail. Ce pays, si riche en antiquités nationales, offrait au professeur un champ d'investigations curieuses ; en le parcourant avec son élève, il y trouvait en abrégé presque toute l'histoire de France. Là, sur les ruines d'une mansio romaine, s'était dressée la forteresse féodale qui, à son tour, avait fait place à la somptueuse demeure encore pleine de la splendeur des Gondi, des Louvois, des la Rochefoucauld, tandis que les plaines environnantes gardaient la mémoire d'une des batailles suprêmes de Napoléon.

Mais c'était surtout î\ la piété du chrétien que s'offraient, dans le passé comme dans le présent, d'admirables souvenirs. Là, avait vécu le bienheureux

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Jean de Monimirail, surnommé V Humble^ seigneur de la contrée, intime ami de Philippe-Auguste, parfait chevalier, chrétien parfait, dont la douce figure illumine le moyen âge. Au dix- septième siècle, saint Vincent de Paul, l'hôte du château, l'apôtre du pays, avait passé en faisant le bien, et naguère encore, le vénérable abbé Legris-Duval, par son zèle et sa charité, était apparu après les désastres de la Révolution , comme un autre M. Vincent.

Ces saints personnages, que Pierre prenait pour modèles, avaient exercé, au même lieu, les mêmes fonctions que lui. Saint Vincent, précepteur des trois fils de M. de Gondi, fabbé Legris-Duval, précepteur du vicomte Sosthènes de la Rochefoucauld-Doudeauville, s'étaient dévoués, dans l'humilité, à l'éducation chrétienne de petits enfants, et c'était leur chambre même qu'Olivaint avait le bonheur d'habiter.

On pouvait dire du château de Montmirail ce que l'empereur Charles V, royalement reçu par François II, comte de la Rochefoucauld, disait du château de Verteuil : « Qu'il n'était jamais entré en maison qui sentît mieux sa grande vertu, honnêteté et seigneurie que celle-là. »

Pierre Olivaint y arriva pour voir mourir le vertueux duc de Doudeauville, qui, le 2 juin 1841, achevait une carrière toute vouée au service de la France et au soulagement des malheureux*.

1. Étant ministre de la maison du roi en 1824, M. le duc de Doudeauville s'imposa le devoir de présider toutes les séaiices où s'examinatenl les requêtes des pauvres solliciteurs. Un jour que, tourmenté

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