‹ Pierre OlivaintChapitre 99 sur 293 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

tes, vint à tomber malade de la lièvre lypliuïde, el au bout de quelques jours était réduit à l'extrémité. Pierre avait eu occasion de le voir plusieurs fois et lui avait toujours témoigné beaucoup de sympathie. A la nouvelle du refus qu'avait essuyé le vicaire de la paroisse qui s'était présenté pour visiter le malade, Olivaint vole aussitôt au secours de cette âme exposée à la perte éternelle. Mais à peine au seuil, il est arrêté par la mère du mourant qui lui déclare sèchement qu'il est impossible de voir son fils.

«Madame, dit le charitable jeune homme, je ne demande qu'à le voir un instant; c'est mon ami. — Monsieur, je ne laisse entrer personne; je vous remercie de votre visite, et Ten avertirai. — Je vous en supplie, madame,... je ne lui dirai rien, je ne ferai que lui serrer la main, et ce sera en votre présence. ^>

Un nouveau refus lui interdit l'entrée. Alors le solliciteur, joignant les mains : « Madame, dit-il d'une voix pleine de larmes, faut-il que je me jette à vos genoux pour obtenir la grâce de voir un seul moment mon pauvre ami? » Tout fut inutile, Pierre dut retourner au château. Mais ses prières au pied de Tautel eurent plus d'efficace que ses discours. La nuit qui suivit cette pieuse démarche, le prêtre enfin fut appelé près du malade et put lui administrer les derniers sacrements.

Pendant cette longue lutte entre la mère impitoyable et l'ami dévoué, une jeune fille était là, dans le vestibule, qui voyait et entendait tout. C'est ellemême qui naguère en fit ce récit touchant. « Je fus-

dit-elle, si émue de cette scène que je ne saurais oublier jamais ces supplications, ces larmes.... Pour la première fois je compris alors le prix d'une âme et ce qu'un prêtre doit souffrir, lorsqu'il se voit repoussé à cette heure critique où se décide le sort éternel. »

Une autre fois, Pierre apprit que le pasteur d'une paroisse voisine, oubliant ses austères devoirs, menait une vie peu édifiante. Comme il arrive presque toujours, la rumeur populaire avait exagéré le mal, sans que personne osât avertir ce prêtre de ce qui, dans sa conduite, pouvait causer le scandale.

Olivaint, après avoir prié Dieu, se rendit à ce presbytère, réclama le ministère du curé, et après s'être confessé lui-même : « Monsieur, dit-il en se relevant, vous venez de me rendre un service dont je veux vous témoigner ma reconnaissance, en vous disant la vérité. » Alors, avec une modeste franchise, il répéta ce que le bruit public répandait d'injurieux sur le compte de cet ecclésiastique, et celui-ci, profondément touché, lui promit d'enlever aussitôt tout prétexte à la calomnie.

De tels faits sont vraiment dignes de la vie des saints.

Un bon vieillard, longtemps président de la Conférence de Montmirail, disait naguère, les larmes aux yeux: « Ah! quel bien M. Olivaint faisait à la paroisse tout entière! Son départ a été une perte irréparaoie. »

« Quand il rencontrait de petits enfants, raconte une sœur de Saint-Yincent de Paul, il leur donnait

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