CHAPITRE VIII. V
tous et particulièrement à son jeune élève. « Ses soins pour initier mon fils à toutes sortes de bonnes œuvres, dit la duchesse de la Rocliefoucauld-Liancourt, et pour lui apprendre à les pratiquer, eurent les plus heureux résultats; ils ont fait ma joie et font maintenant ma consolation. »
C'est ainsi qu'avec le concours de son élève il fonda à Montmirail une association de jeunes gens, sous le patronage de saint Louis de Gonzague, dont les membres, durant le mois de juin, se réunissaient chaque soir pour chanter des cantiques et réciter des prières.
Tous les deux aussi parvinrent, au prix de grands effortS; à créer et à maintenir prospère une conférence de Saint-Vincent de Paul dans cette petite ville de 2000 âmes. « Dès son début, dit Pierre 01ivaint\ elle comptait une vingtaine de membres et visitait une trentaine de familles. Elle a institué depuis (c'està-dire dans l'intervalle d'une année) une école d'adultes pour les ouvriers, qui réunit le soir quarante élèves, dont les progrès et les dispositions les remplissent de joie. »
Georges de la Rochefoucauld, nommé vice- trésorier, prenait si bien au sérieux son titre, que la caisse de la conférence n'était jamais vide. Quand il avait épuisé sa bourse, il recourait à sa mère ou à son aïeule, et Pierre Olivaint inscrivait alors à l'avoir des
1. Rapport de la Société de Sainl-Vincenl de Paul, p. 55. —Celte Conférence fut fondée vers la un de juillet 1841, deux mois après l'arrivée d'Olivaint.
pauvres « le don d'une personne qui ne veut pap être connue, mais que ses bienfaits trahissent. »
On lit, dans l'histoire de saint Vincent de Paul, que dans une mission qu'il donnait à Montmirail (1618), un hérétique jusqu'alors obstiné se convertit tout à coup, convaincu par ce simple et invincible raisonnement : ce Je vois maintenant que le Saint-Esprit conduit l'Église romaine, puisqu'on y prend soin de l'instruction et du salut des pauvres villageois, et je suis prêt à y entrer quand il vous plaira de m'y recevoir. «
Pierre Olivaint et son élève renouvelèrent au même lieu cette apologie de la foi par la charité.
Un jour que tous deux faisaient leur tournée charitable aux environs de Montmirail, ils entendirent des gémissements sortir d'une pauvre cabane. Ils y entrent aussitôt et s'arrêtent, profondément émus, devant un spectacle navrant. Une malheureuse femme, paralysée de tous les membres, était étendue sur un grabat, dévorée par les mouches qui rem})lissaient sa misérable demeure. Pierre se met aussitôt à l'œuvre; aidé de Georges, il chasse ces hôtes incommodes, fait pénétrer l'air pur et la lumière dans l'aiïreux réduit, remet partout un peu d'ordre et de propreté, et consolant affectueusement la pauvre malade, il lui laisse les premiers secours. Durant longtemps tous les deux continuèrent à la visiter.
Pierre Olivaint avait encore plus de compassion des misères de l'âme que de celles du corps.
C'était vers la fin de son séjour à Montmirail. Un jeune homme, contrôleur des contributions indirec-