Journal des Retraites, t. I", p
!96 PIERRE OLIVAIXT.
donc ma mère, et mon frère, et ma sœur1. » Ainsi se: confondent et se complètent les deux amours quii semblaient se combattre, l'amour naturel des parents et l'amour surnaturel du Père céleste. Rien n'est sacrifié de ce qui est légitime ; tout est sanctifié dans cet holocauste de la piété filiale.
Pierre Olivaint, impuissant à faire pénétrer de telles pensées dans le cœur violemment troublé de sa mère, lui prodiguait les effusions de sa tendresse et revenait même pour la consoler à des ébats et à des caresses d'enfant. « Il faut cela à ma pauvre mère, » disait-il à ses amis, un peu étonnés des scènes charmantes et naïves dont ils étaient parfois témoins. On aurait pu lui répondre : Il vous le faut à vous-même. « Son cœur, en effet, écrit un de ses intimes, s'échappait tout entier par ce seul côté : c'était vraiment un cœur de petit enfant pour sa mère. »
Et ce cœur aimant souffrait une peine indicible. Chaque plainte, chaque cri de douleur qu'arrachait la vague menace d'un prochain départ, lui faisait une cruelle blessure; mais il ne faiblissait pas. Déjà il éprouvait ce double sentiment si bien exprimé plus tard : « Comme je ne comprendrais pas mon amour pour ma mère, si je n'étais prêt à tout souffrir pour elle! Et je prétendrais, sans la souffrance, prouver mon amour à Dieu 2 ?
Enfin le consentement maternel fut arraché, et Pierre, tout en compatissant à la douleur de celle