CHAPITRE
ce qui charme l'imagination et attendrit le cœur. L'union des deux jeunes gens empruntait un caractère sacré à la circonstance solennelle et douloureuse d'où elle était née. Pierre en raconte ainsi la touchante histoire1 : « Je n'aurais pas cru, mon ami, que je te fusse si attaché. Mais quand je t'ai quitté dans la cour des Messageries, quand, sans m'y attendre, j'ai rencontré la diligence qui t'emmenaitet qu'un embarras de voitures m'a permis de t'envoyer un dernier adieu, j'ai compris la place que l'amitié nouvelle occupait parmi toutes les autres. Mon cœur s'est serré et je suis revenu triste. Lorsque je suis rentré à la maison, ma mère m'a dit : L'ami du cœur est parti, te voilà seul.... — C'est ainsi que ma bonne mère te désigne. Elle comprend bien où sont mes affections et mes pensées. Pendant ces quelques jours que je ne t'ai point vu, je me suis demandé souvent ce qu'il en serait plus tard de cette amitié qui commençait entre nous ; et pensant à des amis autrefois chers, indifférents maintenant, je me suis figuré que toi aussi tu t'éloignerais de moi. C'est un défaut de ma nature'de chercher ainsi toujours des peines dans l'avenir, comme s'il n'y en avait pas assez dans le présent.
« C'est que, vois-tu, et je te prie de n'en pasrire,il me semble qu'autre chose que notre volonté, quelque chose de providentiel, en ma faveur du moins, a voulu que notre liaison se format. Comment, placés aux extrémités de cette classe de rhétorique, avons-