‹ Pierre Olivaint, prêtre de la Compagnie de JésusChapitre 171 sur 306 · CHAPITRE XII. 28b · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. 28b

but. Le récit de cette mort lui fera peut-être faire le dernier pas.

«Encore un trait qui me revient, le plus beau peutêtre. Un de nos Pères eut la pensée que le mourant pourrait obtenir sa guérison, s'il faisait vœu d'aller en Chine. Pour moi, je l'avoue, je vis là plus de piété que d'espoir fondé, toute la préparation de ce cher ami le destinant plutôt, ce semble, à rester en Europe. Toutefois, pour connaître la volonté de Dieu, je m'y pris ainsi : je lui demandai de prier avec nous pour obtenir sa guérison, et il me dit oui, comme à toutes choses, avec une simplicité d'enfant. Je voulus savoir si, pour obtenir sa guérison, il se sentait porté à promettre quelque chose de spécial à Dieu, si le Saint- Esprit lui suggérait quelque vœu, etc. « Vous êtes mon supérieur, me répondit-il : décidez-en vousmême pour moi. — Eh bien, répondis-je, j'en déciderai pour vous, mais vous n'avez pas besoin de savoir maintenant ce qui pourra être déterminé. Aban donnez-vous à Dieu. » Et il s'abandonna ainsi à la vie, à tout ce qui pourrait être ordonné de lui, avec la même simplicité, le même oubli de soi qu'il s'abandonnait à la mort.

« Puissions-nous mourir saintement comme lui, cher Père ! Il n'était, vous le savez, que novice. Comme il nous a devancés! Le voilà, nous pouvons l'espérer, dans la Compagnie triomphante. Efforçons-nous de le rejoindre, nous surtout que le Seigneur avait unis avec lui d'une manière si intime.

« 0 cher Père ! si nous pouvions nous dire tout à

fait du fond du cœur : Soyons des saints, non pas des saints à demi, mais des saints complets !

La mort du P. Félix Pitard fut pleurée par tous ceux qui avaient connu cette âme si forte dans sa douceur. Le recteur de Yaugirard en ressentit une peine d'autant plus vive qu'il perdait, avec l'ami de sa jeunesse, l'un de ses collaborateurs les plus intelligents et les plus dévoués. Le brillant professeur de rhétorique semblait appelé, en effet, à seconder heureusement les efforts que l'on tentait, dans ce grand collège, pour relever le niveau des études classiques. Malgré cette perte cruelle, le P. Olivaint poursuivit cette œuvre importante avec ardeur.

C'est le lieu d'exposer quelles étaient, touchant les études, les idées très-saines et très-pratiques dont il se fit le défenseur. Après les leçons élémentaires de lecture, d'écriture,de calcul, d'orthographe, il exigeait, suivant l'usage de la Compagnie, d'accord avec les meilleures traditions scolaires, que les élèves fussent, sinon exclusivement, du moins principalement appliqués à l'étude des langues classiques. « Les études latines et grecques, écrivait-il dès 1853, ont été poussées avec vigueur; nous voyons déjà se développer dans nos enfants le goût de ces grands modèles littéraires, si dédaignés aujourd'hui, malgré leur efficacité puissante pour former l'esprit et le cœur. Il en est à Yaugirard qui, comme aux plus beaux jours de l'enseignement classique, se portent d'eux-

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