CHAPITRE XII
mêmes et par plaisir à ces lectures un peu sévères, qui, d'eux-mêmes, composent de petits traités à l'imitation des anciens, qui écrivent à leurs amis des lettres latines, témoignage curieux et charmant de leur studieuse rivalité, où Cicéron retrouverait sans Be plaindre quelque chose de sa manière et de ses pensées.
« Le dirai-je aussi? Nos plus petits élèves commencent à parler latin! Oui, la langue de l'Église immortelle doit rester familière à ses enfants. Ces: une honte, en un pays catholique, que les hommes instruits ne sachent plus que la lire. Nous reprenons donc la méthode de nos anciens Pères, moins savante selon quelques-uns, mais assurément plus pratique, plus facile, plus agréable aux enfants, plus animée, plus féconde : nous traitons comme une langue vivante cette langue qui ne doit point mourir; nous apprenons le latin en le parlant. »
11 y avait un certain courage à protester, en faveur des études classiques, contre les attaques dont, à la même époque, elles étaient l'objet. C'était le temps, on s'en souvient, où M. Fortoul inventait la trop fameuse bifurcation, tandis que d'autres réformateurs, jouet de pieuses illusions, voyaient le salut de la société dans la proscription des « auteurs païens. » L'enseignement libre, tout jeune qu'il était encore, ne se laissa pas emporter par ces courants contraires et garda fidèlement les sages coutumes du passé. Yaugirard fut un des principaux boulevards de la résistance.
Il se défendit également contre ce qu'on appelait
l'éducation pratique et les études spéciales. « Avant d'être des hommes spéciaux, observait à bon droit le P. Olivaint, il faut être des hommes. » Or ce sont les humanités, humaniores litterœ, qui forment l'esprit, qui lui donnent « cette grandeur cultivée1, » cette « éducation générale qui prépare à tout, et qui est l'éducation même de l'âme2. » Convaincu que l'étude prématurée des sciences compromet les succès que l'enfant serait capable d'y obtenir plus tard, le P. Olivaint, exact interprète des traditions desaCon> pagaie, combattait avec énergie cet empiétement fatal au vrai progrès intellectuel.
« Certes nous nous garderons bien, disait-il, tout en déplorant les écarts de quelques savants, de mépriser, de négliger les mathématiques, vers lesquelles le mouvement du siècle nous emporte de plus en plus Si on nous signalait quelque terre nouvellement découverte, nous serions prêts, comme missionnaires, à nous élancer pour gagner des âmes : nous sommes prêts à nous élancer ainsi dans les champs de la science. Le souvenir de nos anciens Pères nous presse, notre vocation nous presse comme aussi l'intérêt sacré que nous portons à nos enfants. On donnera donc aux mathématiques, en temps voulu, une sérieuse importance, mais sans leur laisser envahir le domaine réservé des études classiques. »
Dans les programmes officiels, on venait de sup-
] . M. Guizot.