‹ Pierre Olivaint, prêtre de la Compagnie de JésusChapitre 177 sur 306 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

vaint avait soin d'unir la fermeté qui maintient la discipline et ne cède pas au caprice. Peu à peu, ces petits enfants se façonnaient à la règle, s'accoutumaient au travail et quand ils arrivaient, par des degrés sagement ménagés, au grand collège, ils étaient capables de comprendre le prix d'un effort généreux et d'un sacrifice volontaire; ils savaient obéir par esprit de foi et par sentiment du devoir.

La santé, souvent frêle, de ces plus jeunes élèves préoccupait naturellement davantage le recteur de Vaugirard. Toutefois sa sollicitude, sur ce point, était universelle. Dès qu'un enfant était malade, le bon Père semblait n'être plus occupé que de celui-là. Le budget des dépenses, à l'infirmerie, n'avait presque pas de limite; tout ce qui pouvait être utile ou seulement agréable était accordé sur-le-champ.

Mais il en allait autrement, quand quelques petits paresseux simulaient des maux imaginaires. Nous voyons encore d'ici le PèreRecteur debout au milieu du parloir, armé du crayon et de son long calepin, et assiégé par des mères trop vite alarmées qui, chacune pour son fils, réclamaient un adoucissement au régime commun, une potion plus ou moins salutaire, une heure de plus de sommeil.... LeP.Olivaint n'opposait aucune objection à toutes les exigences de leur tendresse; il écoutait patiemment, notait fidèlement, promettait de soumettre la réclamation aux médecins du collège, et si l'on insistait, il frappait en souriant sur le fameux calepin en disant : « Madame, c'est écrit. »

Autant que possible il donnait aux conseils de Thy-

giène le pas sur les prescriptions médicales. Tous les toniques ne vaudront jamais pour l'enfant, sauf des cas exceptionnels, l'air, l'espace, le mouvement, la récréation bruyante, et les belles parties de balle, de ballon, de barres, de cerceaux, les patins en hiver, en été les échasses, tous ces jeux vigoureux, d'allure belliqueuse, qui développent les muscles en exerçant le courage. Que de fois le P. Olivaint ne vint-il pas animer du geste et de la voix une division de cent cinquante enfants grimpés sur les échasses et formés en bataillon! Le Père Arnold, qui, durant la dernière guerre, aumônier militaire à Laon, périt dans l'explosion de la citadelle, était l'instructeur expérimenté de cette vaillante troupe, ralliée ou poussée en avant au son de sa trompette et au bruit étourdissant des tambours. C'était plaisir de voir ces guerriers de douze ans se livrer à des évolutions savantes, prendre et reprendre des positions, défendre, enlever des drapeaux, haletants, inondés de sueur,

Non indecoro pulvere sordidos!

Plus d'un héros roulait par terre, parfois on déplorait un pied foulé, une bosse au front.... La fureur du jeu ne s'apaisait pas, et les graves témoins de ces bruyantes scènes se passionnaient à leur tour. — Un jour, un brave général, dont le fils se distinguait dans la mêlée, se surprit à commander un mouvement, et Mgr Darboy, présidant une autre fois ces tournois d'écoliers, après avoir distribué des croix de papier doré aux vainqueurs, s'étonna joyeusement d'être par acclamation décoré lui-même.

Page 1