CHAPITRE XII. Î
On sait comme les militaires ont le cœur tendre pour leurs enfants. Il arriva qu'un élève, en patinant, tomba si malheureusement qu'il se cassa le bras, aussitôt remis d'ailleurs par l'habile chirurgien du collège, M. le docteur Maisonneuve. Un vieux général, grand-père du blessé, témoignait au P. Olivaint son horreur pour un jeu si fatal à son petit-fils. « Général, répondit le Père Recteur, nous n'élevons pas à Vaugirard des petites filles; nous voulons former des hommes et au besoin des soldats. — Des soldats, à la bonne heure, mon Père; mais qu'est-ce donc que les patins ont à faire dans l'éducation de vos jeunes conscrits?— Rappelez-vous, général, qu'en 1795, nos braves soldats, s'élançant sur le Zuiderzée gelé, s'emparèrent des vaisseaux hollandais comme d'autant de citadelles. Bien en prit aux fantassins et aux cavaliers de savoir se tenir sur la glace. » Ce souvenir glo~ rieux mit à néant toutes les objections du grand père.
Afin de favoriser les jeux qui tiennent une si grande place dans l'éducation, le P. Olivaint fit prendre sur les jardins deux vastes cours carrées, pour la première et la seconde division. A la maison de campagne des Moulineaux, il créa ce magnifique bassin de natation où deux cents enfants peuvent à l'aise se baigner ensemble. Rien de plus gracieux que le coup i'œil qu'offre cette belle nappe d'eau, bordée de gazon et de tentes militaires, coupée d'îlots de verdure et de ponts rustiques, sillonnée de barques et dont le niveau habilement ménagé permet à chacun, suivant sa taille ou son adresse, de s'ébattre sans risques