‹ Pierre Olivaint, prêtre de la Compagnie de JésusChapitre 186 sur 306 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

un enfant.... Rappelons, à ce sujet, un édifiant souvenir qui remonte à 1863.

Paul Grand jean avait quatorze ans; aimable et gracieuse nature, caractère facile, ouvert et enjoué, il avait conquis l'affection de tous. Un soir, pendant la classe, le professeur le voyant un peu pâle, et supposant quelque fatigue, l'obligea malgré sa résistance à monter à l'infirmerie. Il ne souffrait nullement, disait-il avec sa gaieté habituelle: on le coucha cependant par précaution. Rien, durant la nuit, qui pût faire craindre un malheur, quand, soudain, vers huit heures du matin, le P. Olivaint est appelé à l'infirmerie, avec le confesseur de l'enfant. Une péritonite s'était déclarée, le médecin n'avaitplus d'espoir. Alors une scène touchante eut lieu : la petite tête de l'enfant se pencha doucement sur le sein du P. Olivaint. Paul, qui avait communié l'avant-veille, se confessa avec autant de calme qu'à l'ordinaire, reçut l'absolution, et au moment où le Père lui disait : « Cher enfant pensez à Marie.... Souffrez-vous moins?.... — Oui,» dit-il en souriant. Il cessait de souffrir.

Cependant, la classe s'achevait et la cloche appelait, au grand étonnement de tous, les élèves à la chapelle. Rien n'avait encore transpiré de la douloureuse nouvelle. Le P. Recteur était à l'autel, en surplis. Dans une allocution émue, il annonça la mort inopinée de cet enfant, la veille encore insouciant et joyeux, et prit occasion d'élever tous les cœurs vers les graves préoccupations de l'Éternité. L'effet de ces quelques paroles fut extraordinaire , et plus d un écolier trop léger, plus d'un jeune homme trop mon-

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dain fit des réflexions salutaires. Les condisciples de Paul furent plus vivement frappés encore, quand ils apprirent quelle avait été, la veille en classe, la dernière pensée de leur cher camarade. Sur la page à demi blanche où il jetait des notes d'histoire, l'enfant avait crayonné un dessin allégorique, inspiré, ce semble, par un pressentiment du lendemain.

Deux lignes parallèles s'abaissaient vers un cercle, où l'on lisait : Péché, chemin de Venfer. Deux autres, en sens opposé, allaient aboutir à des rayons tracés d'une main malhabile, avec ces mots: Vertu, chemin du ciel.

Cher enfant, par cette naïve image, vous racontiez les plus intimes résolutions d'un cœur resté pur sous l'égide de Marie....

Et peu après, le P. Olivaint, parlant aux congréganistes de la seconde division, ranimait ces impressions salutaires. « Que de fois, disait-il, j'ai per^sé à Paul, durant cette semaine ! Et cette pensée était consolante. Il nous a été ravi, de peur que la malice ne lui changeât l'esprit1. Pour lui désormais plus de pièges, plus de danger d'offenser Dieu !... Mais ma pensée revenait vers vous : Est-ce donc pour vous un malheur que vous ne soyez pas enlevés comme Paul à l'affection de vos parents? Ah! si Dieu l'a pris pour que son esprit ne changeât pas, Dieu ne vous laisse pas pour que le vôtre change. Grâce à lui, il est à ce mal un autre remède que la mort. »

Et quel était-il, ce remède nécessaire? C'était la

I. Raplus est ne mahlia mularet intellect uni ejus. (Sap., I?, 11.)

garde de Vesprit et du cœur, dont il leur indiquait l'importance et les conditions.

Quelques années plus tôt, un autre enfant1, âgé de douze ans et qui grandissait, à Vaugirard, en sagesse et en grâce, mourut presque subitement aussi, à la suite de la distribution des prix. La lettre que le P. Olivaint écrivit à la famille en deuil est )rop belle, pour n'être pas reproduite ici presque entière. Il y parle au père, à la mère, au frère du «cher petit Léon » le langage à la fois le plus affectueux et le plus élevé.

.... « J'aimais tant ce cher petit Léon ; je fondais, pour ma part, tant d'espérances sur lui ! Il me semble que j'avais bien pour lui un cœur de père, et même je me reprochais presque un sentiment secret de préférence qu'un père ne doit pas avoir, mais que m'inspiraient les qualités solides et précoces de ce cher enfant et mon dévouement bien profond à sa famille. » Puis, s'excusant des quelques heures de retard qu'il a mises à écrire : « J'étais, dit-il, comme muet et suffoqué ; je n'aurais pu alors que pleurer avec vous. Je voudrais bien, monsieur, vous consoler un peu et consoler un peu aussi sa digne mère.... Que nous sommes heureux d'être chrétiens! Selon le monde, il n'y a plus de consolations après un tel malheur. Selon Dieu, voilà que, pour ce cher enfant, toutes les espérances que nous nous plaisions à former sont accomplies déjà, dépassées même, et le Seigneur ne nous a devancés que pour mieux mon-

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