CHAPITRE XV
a personne ne peut avoir plus d'influence que vous « sur lui pour le conduire à bien. Veillez particuliè- « rement sur ses lectures. Vous avez maintenant un i sens chrétien qui vous guidera dans le choix des v< livres qu'il peut lire sans danger.
« Tachez de correspondre au jour le jour à la grâce, « et tout ira bien pour vous. Mais pour votre fils, « est-ce assez? non, mon enfant, hélas! non. Ce pau- « vre enfant a besoin que vous attiriez sur lui bien « des grâces. Il faut donc pour le sauver que vous « soyez bien généreuse, de plus en plus généreuse.
« Rappelez-vous le principe des petits sacrifices : « cinq ou six par jour à l'intention de votre enfant, « ce n'est assurément pas trop. Mais ce que vous fe- « rez pour lui ne manquera pas de vous profiter à « vous-même. Tous deviendrez ainsi plus fervente. »
Quelque assidus et dévoués que fussent les soins spirituels donnés par le P. Olivant aux personnes du monde et spécialement aux mères chrétiennes, son zèle n'eût pas été satisfait, s'il se fût absorbé dans cet apostolat. Les âmes religieuses, vouées par état à la perfection, réclamaient à l'envi le secours d'une direction si sage; elles l'obtinrent sans peine de la part de cet homme de Dieu, qui savait si bien se faire « tout à tous » que chacun pouvait se croire particulièrement privilégié.
Le P. Olivaint ne négligeait rien pour procurer J'avancement des âmes généreuses, dégagées de tout intérêt humain et dont Tunique ambition était d'aimer Jésus-Christ et de procurer sa gloire. En rencontrait-il quelqu'une manifestement appelée à la vie
parfaite, mais retenue encore par les liens du monde, il la pressait, avec une prudente fermeté, de répondre sans retard à la grâce. «Le temps passe, disait-il; ne gaspillez pas votre jeunesse, votre dévouement le plus pur et les sentiments les plus généreux de votre cœur. Sursum corda! Le cœur à Jésus ! » Mais quand la miséricorde divine avait fait son œuvre, et que l'heure du sacrifice avait sonné, le Père mettait toute sa sollicitude à le rendre moins douloureux.
a Quand j'entrai au noviciat, écrit une religieuse, le cœur me battait bien fort en prenant le cordon de la sonnette. Mon père qui m'accompagnait n'avait pas eu le courage de le faire. La porte s'ouvrit enfn, mais qui m'attendait dans le petit varloir des séparations ?... Mon bon Père Olivaint. Ii était là pour tout adoucir. A la scène émouvante des adieux, je le vis pleurer. « Vraiment, mon père, lui dis-je, « vous pleurez? oh ! vous comprenez ma peine. « — Comment! votre peine, reprit-il, mais c'est la *? mienne. » Il me promit de revenir dans quelques « jours. S'il tint parole, est-il besoin de le dire? »
Dans les divers monastères où l'atl irait son zèle, le P. Olivaint avait des soins particuliers pour les jeunes novices. Il n'épargnait rien pour les affermir dans leur vocation et les initier aux pratiques de la vie religieuse. Voici, par exemple, ce qu'on nous raconte de ses visites au noviciat de Conflans : « En entrant, le P. Olivaint jetait un coup d'œil sur la statue de ia sainte Vierge, commençait l'instruction par un grand signe de croix, « à la manière du P. de Ravignan, » disait-on ; venait ensuite son invocation favorite :