CHAPITRE XV
Cor Jesu flagrans amure nostri,... puis il s'entretenait des vertus religieuses, quelquefois s'enflanimant si fort que la petite table placée devant lui en ressentait le contre-coup. « Ah! j'ai bien fait du tapage aujourd'hui; mais il est de certaines choses qu'il faut faire entrer à tout prix. Une autre fois je serai moins méchant. »
A mesure qu'on avançait dans la voie parfaite, le P. Olivaint excitait à monter toujours plus haut, mais sans brusquer jamais. Aimer Jésus-Christ davantage, en embrassant plus courageusement la croix, telle était, au fond, toute sa doctrine. « L'amour de Jésus, disait-il, c'est la vocation : on aime ou l'on n'aime pas. Ah! si on aime, quelle bonne vocation, comme on avance! Vous aimez Notre-Seigneur? Com prenez donc le véritable amour : les âmes généreuses regrettent, non pas de souffrir, mais de ne pas souf frir davantage ! »
Il tenait compte néanmoins des sentiments légitimes que la nature inspire et que la grâce purifie, mais n'étouffe pas. A une religieuse dont l'imagination s'envolait parfois vers sa chère Bretagne, il disait aimablement : « C'est vrai, il y a des cœurs qui ont besoin de s'attacher non-seulement aux personnes, mais aux choses, aux lieux eux-mêmes. On dit que dans votre pays le cœur tient par ses fibres les plus délicates aux rochers et aux bruyères. Payez-leur donc un tribut de regret : Dieu ne s'en offense pas. Puis à travers ces déchirements de votre pau vrecœur, sachez trouver Jésus. Oh! mon enfant, qui lui est comparable?» Dans la lutte contre soi-même
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il voulait qu'on apportât un joyeux entrain. Il l'inspirait par son exemple. Un jour, il se plaignait de violentes douleurs de tète, et jamais peut-être les novices ne l'avaient vu de plus belle humeur. « Mais, mon Père, lui dit l'une d'elles, vous ne devez pourtant pas avoir envie de rire? — Mon enfant, répliquat-il, on a toujours à sa disposition le rire de V examen particulier ! ' »
A quelqu'un qui ne connaissait pas bien encore cette recette et pleurait en l'écoutant, le P. Olivaint disait : « Allons, mon enfant, si saint Ignace était ici, il vous dirait : Je veux vous voir rire. Réjouissez-vous qnand même d'avoir Jésus pour époux, de vivre dans sa maison, de souffrir pour lui. Ne savez-vous donc pas encore ce que c'est que d'aimer Jésus? Aimer, ce n'est pas recevoir; c'est donner. On donne beaucoup à Jésus si on l'aime; on l'aime beaucoup si l'on donne de bon cœur. »
Avec quelle bonté il se prêtait aux désirs, aux fantaisies innocentes d'âmes encore un peu faibles qu'aurait déconcertées une rigueur intempestive ! Une novice, le jour de sa prise d'habit, lui demanda de parler, dans l'exhortation qu'il lui adressait, de tout ce qu'elle avait aimé dans le monde et qu'elle quittait.... Elle lui écrivit même le cadre de son discours, et le bon Père fit une délicate allocution en s'y conformant de point en point.
Mais avec cette paternelle condescendance, comme il savait maintenir dans le surnaturel et inspirer un profond dégoût pour le monde, « ce pays des décei tions» !