PIERRE OU VAIN T
rent pour les généreuses victimes dont ils s'atten daient à partager le sort. Au milieu de la nuit, ils eurent une alerte et pensèrent que leur tour était venu. Le silence profond avait été troublé tout à coup par le pas lourd de plusieurs hommes qui marchaient dans le corridor. On ouvrait des cellules; on parlait à voix basse.... C'étaient les dépouilles des morts que les assassins se partageaient. Un geôlier ayant trouvé, au n° 7, occupé par le P. Ducoudray, avec «des soutanes de jésuites, » des papiers qui lui paraissaient sans valeur, vint à l'heure même les remettre au P. Olivaint. Celui-ci, à cette vue. ne pouvait plus avoir aucun doute ; il s'écria vivement : « Un crime ! » On lui répondit: «Prenez garde et taisez-vous. »
Jusqu'au matin, les otages restèrent sous le coup d'une émotion poignante, tandis que d'effroyables détonations déchiraient l'air et que la flamme des incendies rougissait au loin le ciel.
Quand le jour parut enfin, le P. Olivaint dit à M. Bayle: « Cette nuit j'ai beaucoup prié pour vous; j'ai entendu faire du bruit à votre porte, et j'ai cru qu'on était venu vous chercher. » Puis il ajouta qu'il se rappelait constamment un passage de la vie de saint François de Sales où il est dit que ce saint évêque, se trouvant un jour sur le lac de Genève dans une toute petite barque, fut assailli par une affreuse tempête ; il était porté à la cime des flots et retombait aussitôt comme dans un gouffre. 11 était calme et heureux, disait-il, parce que jamais il ne s'était mieux senti porté par la main de Dieu.
De son côté, le P. Caubert, penché à sa fenêtre et