CHAPITRE IV
le chemin? Hernsheim lui-même, qui plus tard racontait sa conversion avec la candeur d'un enfant régénéré dans le Christ, ne put jamais nous l'apprendre.... Rendu à la vie contre toute prévision, Hernsheim était chrétien quand il reprit ses sens1. » Le triomphe de la grâce fut complet.
Dès qu'il put parler, il appela un prêtre; dès qu'il put marcher, il se fit conduire à l'église pour assister à la sainte messe. Il s'y rendait, appuyé sur le bras d'une vieille femme, infirmière au collège, et la pieuse Bretonne s'étonnait qu'un homme si savant lui demandât, avec tant de simplicité, la signification des termes qu'il lisait dans son livre de prières. Ainsi l'orgueilleux philosophe se faisait le disciple d'une pauvre femme du peuple.
Au mois de septembre 1838, un intime ami de Pierre Olivaint reçut à l'École normale une lettre tracée d'une main incertaine et tremblante. « Je t'écris deux mots dans ma faiblesse, lui disait Hernsheim, car je suis bien malade. J'ai craché le sang et je n'en reviendrai certainement pas. Je lis un peu de Pascal qui me convertit. J'ai communié. Je t'assure que la religion catholique est belle et vraie. Ne montre ma lettre à personne. Je ne veux pas afficher ce que je fais. Adieu, pense à moi si je meurs ici. »
Le confident avait eu le malheur de partager les préventions antireligieuses de Hernsheim; celui-ci sans doute voulait, par ce billet, réparer un scandale et donner un bon exemple. Pierre, Félix et Charles