‹ Pierre Olivaint, prêtre de la Compagnie de JésusChapitre 46 sur 306 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

impressions salutaires qui «levaient fructifier plus tard.

Lutin Charles Hernsheim eut assez de forces pour supporter la fatigue du voyage ; il revint à Paris, il reparut à l'École et ce fut un jour de fête pour lui et pour ses amis de se revoir. Qu'il était changé cependant! La cruelle maladie avait pâli et amaigri le visage ; mais l'âme rayonnait, joyeuse et pure, sur son front et dans ses yeux. Olivaint. attentif à encourager et à consoler le jeune converti, s'empressa de le conduire à son « cher Père de Ravignan. »

Quant à M. Cousin, il se montra plus que jamais impitoyable. « Je me souviens, raconte Charles, que je me promenais un jour avec Hernsheim dans la cour de l'École. Survint M. Cousin, qui, surpris et irrité de l'y trouver, donna sur-le-champ au concierge 'ordre de ne le plus recevoir. Il n'en fallut pas davantage pour déterminer son ancien élève à lui écrire qu'il renonçait à l'enseignement et « qu'il aimerait mieux labourer la terre que de faire de la phi' 'osophie à son école. »

La carrière du jeune professeur était irrémédiablement brisée; mais ce déclin apparent devait être Tauore d'une belle vie. Il fallait que l'humiliation achevât le purifier cette âme que Dieu voulait tout entière, hernsheim le comprenait bien, lui qui, peu d'années plus tard, écrivait à Charles ces lignes touchantes : «Pour moi, pauvre enfant échappé du double piège de .'infidélité et de l'incrédulité, ignorant tous les sentiments chrétiens, toutes les idées chrétiennes; pour noi, malheureux. 4 qui on n'avait point parlé de Dieu

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pendant toute mon enfance, accoutumé à mépriser, insulter la foi, il fallait bien que Dieu me frappi tout à coup, qu'il m'arrachât violemment à tant d mauvaises habitudes pour me vaincre par la nécessii subite de devenir meilleur. Oh î que de bonté, qu d'amour de la part de Dieu, que d'ingratitude de 1 mienne! Je l'avoue, j'en suis quelquefois effrayé, : semble que ce soit une lutte entre Dieu et moi '. »

Admirable lutte que celle-là, dans laquelle Dieu s donne à l'homme et l'homme à Dieu avec une libers lité toujours grandissante! Hernsheim la poursuivr jusqu'à la mort.

S'ils avaient eu moins de courage, Pierre Olivain et ses amis eussent été parfois tentés d'abandonné quelques-uns de leurs camarades qui résistaient ob stinément à toutes leurs avances. Ils comptaient su Dieu et poursuivaient leur œuvre.

Et la preuve qu'un grand travail se faisait dans les esprits, que leur influence commençait à s'étendr autour d'eux, c'est que non-seulement il n'était plu question de la bande des niais, mais que tout le monde. M. Cousin lui-même, en était venu à compter avec les catholiques. Le directeur de l'École usait désormais pour eux de certains ménagements, et, les prenant à part, nous raconte un témoin de cette petite scène, il leur disait d'un air de condescendance : « Eh! Mes sieurs, il faut savoir se faire tout à tous, comme disait Fénelon! »

Plus sincèrement, d'autres maîtres s'attachaient à

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