CHAPITRE IV
Pieire et ses charitables amis, comme ils l'étaient
déjà compromis pour Dieu, se compromettaient audacieusement pour le service des pauvres. Au réfectoire de l'École, ils recueillaient précieusement, dans un grand vase de fer-blanc, les restes des repas, ou plutôt ce que chacun prélevait sur une assez maigre part. Les jours de congé, ils obtenaient de leurs camarades la portion de pain abandonnée le matin, et ils sortaient ensuite portant sous leur manteau le produit de leur collecte, semblables à de bons frères quêteurs. Quelques délicats se scandalisaient et haussaient les épaules, mais les pauvres étaient heureux, et les anges du ciel comptaient les pas de leurs émules de la terre.
La visite des pauvres à domicile ne suffisait pas à leur zèle, ils ne tardèrent pas à y joindre d'autres œuvres de miséricorde. « Nos pieux fondateurs, raconte l'historiographe de cette Conférence1, avaient compris qu'il est de l'essence de la charité de se sentir mal à l'aise dans une voie limitée, et que, pour elle, comme pour toutes les forces, l'expansion est une condition d'existence. Aussi, dès le début, prenaient-ils sous leur patronage l'OEuvre de Saint François Xavier, fondée à Saint-Médard pour évangéliser les familles pauvres. L'OEuvre de Saint François Régis, pour la réhabilitation des unions illicites, devait tout naturellement trouver dans notre Société son plus puissant auxiliaire, et notre Conférence fut heureuse de lui apporter son concours.