CHAPITRE IV
transmis d'autant plus aisément des premiers fondateurs à leurs jeunes héritiers, que, par un bonheur bien rare, la Conférence de Saint-Médard n'a subi, dans son existence de trente-huit années, aucun vhangement de gouvernement, aucune révolution; la transmission régulière des pouvoirs, durant cette longue période, n'a mèjne eu lieu que deux fois, et le président actuel est le successeur direct de Félix Pitard, dont il avait été dix ans le secrétaire. Cette unité parfaite de direction, jointe au renouvellement périodique du personnel actif que les nécessités des diverses carrières dispersent de tous côtés, a toujours fait, de Saint-Médard, l'école d'application du zèle et la pépinière de la charité. Mais un autre trait caractéristique de cette Conférence de Saint-Vincent de Paul , c'est qu'elle est presque un noviciat et un séminaire. Une fidèle statistique en fournit la preuve. De ses douze fondateurs, six, parmi lesquels Pierre, Charles et Félix, se sont donnés à Dieu dans la Compagnie de Jésus, et cet exemple a été /nerveilleusement efficace. En 1868, quarante-deux vocations religieuses et ecclésiastiques témoignaient de l'ardeur avec laquelle la première impulsion avait été suivie. Un lazariste, deux oratoriens, six dominicains, dix jésuites1, vingt-deux prêtres séculiers,
1. A la séance où fut lu le rr.pport de M. de Lapparent, le P. Olivaint avait exprimé le souhait que le zèle pour les vocations religieuses ne se ralentit pas dans la Conférence. Or, en cette même année 1868, parmi les membres présentés au mois de novembre, trois entrèrent dans la Compagnie de Jésus. L'un d'eux, le pieux Frère Riccî, s'est envolé au ciel.
86 PIERRE OLILAINT.
tel était le bilan. Sui les quarante-deux, douze avaient appartenu à l'École normale, six à l'École polytechnique. En 1877, le nombre des vocations religieuses s'élevait à soixante; la Compagnie de Jésus en comptait vingt pour sa part.
Si l'on réfléchit que, pendant près de quarante années, des centaines de familles indigentes ont été soulagées, consolées, ramenées à Dieu par des centaines déjeunes gens1, que ces apôtres de la charité, après avoir donné leur généreux concours à toutes les bonnes œuvres dont Paris est le théâtre, sont allés jeter la semence dans plusieurs villes de province, et jusqu'au fond des villages, on comprendra sans peine quel mérite revient devant Dieu aux jeunes fondateurs de la Conférence de Saint-Médard.
Tandis que Pierre Olivaint se dévouait aux membres souffrants de Jésus-Christ, un grand travail s'opérait en lai ; la grâce le poussait au complet sacrifice de tout ce qui n'est pas Dieu, et déposait en son cœur les germes de la vocation religieuse.
1. Voici les chiffres exacts. Dès 1842. 92 familles étaient visitées par 36 membres avec un budget de 856 francs, qui, Tannée suivante, s'élevait déjà à 1500 francs. En 1868, 75 membres actifs visitaient 200 familles et distribuaient plus de 7700 francs, soit à peu près 100 francs par visiteur. — En 1877, la Conférence de Saint-Médard avait déjà enrôlé 1186 membres, dont 291 polytechniciens et 115 élèv es de l'École normale.