ACTE I, SCÈNE IV
TiEV^iETTE, le cœur gros.
Rien , ma mère.
MARIE-JEANNE
Tu t'essuies les yeux... c'est qu' tu pleures.
TIENNETTE
Mais dam', aussi, c'est vous qui m' faites pleurer , ma mère. . . avec tout c' que vous dites là de mon pauvre oncle. . . Je suis bien malheureuse de n'être pas riche, vous verriez:.
MARIE-JEANNE
Et il faut pleurer pour ça , petite bête !
PIERRE BUISSON
EU' tient d' toi... elle a bon cœur.
MARIE-JEANNE, OfeC effuslOTÏ. ^^
Dis-donc, dis-donc, notre homme... Si j'vendons la ferme , est-c' que j' serons plus mal que j'n'étions il y a vingtcinq ou trente ans?. . . Est-c' qu'il n' nous restera pas encore c'te gi-ange et c'te chaumière où feu ton père nous a mariés. . . où j 'étions si heureux?
PIERRE BOISSON , Contemplant la chaumière.
Eh mon dieu, oui ! C'est là-dedans qu'il nous a tous élevés, moi, mon frère Paul, et ce pauvre Jean!. . . qui est parti si jeune , et dont j' n'avons pus entendu parler. . . Tu n' l'as pas connu, toi, not' frère Jean.
MARIE-JEANNE
O que si , que si !.. . J'étais ben petite ; mais je l'vois encore avec sa veste rouge. . . ses cheveux blonds comme de l'or. . . et son gros cataugan. . . qui m' faisait rire!. . .
PIERRE BITISSON.
Qu'est-il devenu?
MARIE-JEAHKE.
Ah !.. . il s'est passé tant d' choses de d'puis. . . Ne pensons plus à tout cela. Tiens, songeons à ceux qui restent, à ton frère Paul y qu'il faut d'abord tirer d'embarras.
PIERRE BUISSON
T'as raison , c'est 1' pus pressé.
MARIE-JEANNE
1' m' vient une idée!... Monsieur et madame Verkadec, nos voisins, sont d'vieux richards qui ont des écus. . . Si j'ieu' d'mandions d'nous prêter une somme par irapotèque sur tous nos biens?
PIERRE Bl'ISSON.
Dam', essaie; car, moi, je n'oserais pas.
TIENNETTE, Se leçUTlt.
Aia : De la blonde à la brune.
Quelles craintes sd^t les vôtres ?
On peut bien parler, je croi.
MARIE-JEANNE
C'est vrai; parlant pour les autres, 'On est pus z'hardi qu' pour soi.
Sur ce motif quand je m' fonde , Rien n'est capab' de m' troubler; Et , voulant servir à la ronde Ceux qui craign' de parler, Moi, je suis bon avocat.
Quand i! y a queuq' débat, Je me sens en état De parler pour tout Tmonde 1
PIERRE BUISSON
C'est qu'i' n'faudrait pcis l'en défier.
MABIE-JEANNE.
Tiens, les v'ià justement... Attends, attends, tu vas voir. Sois bien poli, notre homme, eutends-tu.^