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LES DESCENDANTS

voilà donc la parenté de Pugel. A son tour il a lait souche et nous devons chercher sa descendance.

Je ne parle pas de ses enfants selon la nature. François Puget tient assez de place dans l'histoire de son père pour que nous le connaissions suflisamment. Elève de Benedetto Castiglione à Gênes, et de Laurent Fauchior à Aix, François Pucfet a eu surtout un talent de peintre de portraits. Volontiers se serait-il mêlé de sculpture et d'architecture : nous l'avons vu intervenir en plusieurs occasions à titre de suppléant du génie paternel. Mais, sauf pour la chapelle de la Charité, qu'il gâta, les circonstances lui firent de ce titre une sinécure, et la médiocrité de son esprit est attestée de reste par le rôle ridicule qu'il vint jouer à Paris dans l'affaire de la statue équestre. Quant à Paul Puget, fils de François et petit-fils du grand homme, on sait qu'en dépit du testament qui le destinait à l'art de la peinture, il fut architecte. Ce qu'il a bâti, je l'ignore. Son nom n'est demeuré attaché à aucun édifice de la Provence. Mais c'est lui qui dispersa les reliques dont il avait hérité. A l'intendance sanitaire de Marseille, il a vendu le bas-relief de la Peste (le Milan. A l'écuyer Borély, fils de l'échevin qui protégea Puget et fondateur du château Borély, il a vendu le tableau du Sommeil de Jésus, le Faune en marbre et en terre cuile e( trois por-

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liails en bas-roi iofs. Enfin, (1(î ce, qni lui icslail, il fit une vcnio publique dont je n'ai pu retrouver la Iraee ni la date. Les héritiers du nom de Puget n'ont (lone pas été les enfants de son génie.

Son véritable enfant, son fds d'adoption, nous l'avons vu à l'œuvre, e'est Christophe Yeirier. Né à Trots, en Provence, le 25 juin 1(357, Yeirier s'attacha de bonne heure à Puget. Sa collaboration active aida le maître dans des travaux importants, la Conception de Gênes, les Armes du Roi, V Andromède, V Assomption. Et ce n'était pas seulement une collaboration de praticien. Les œuvres de Yeirier lui font, à côté de Puget, une personnalité inférieure assurément, mais distincte : il eut une part de son talent, sans avoir rien de son génie. On conserve h l'intendance sanitaire de Marseille un basrelief d'une figure d'enfant qui lui mériterait un rang distingué parmi les sculpteurs du dix-huitième siècle. Son Fanne de l'hôtel d'Aiguilles a des qualités remarquables, et, lorsqu'il fut appelé à refaire la chapelle incendiée de la cathédrale de Toulon, il la décora de deux Anges adorateurs, tout à fait dignes de son maître. Comme Puget, Yeirier remplit les fonctions de directeur des sculptures à l'arsenal de Toulon. Il mourut le 11 juin 1G89. Une lettre de Yauvré le nomme en propres termes « neveu de Puget. » Des historiens ont contesté cette parenté, résultat probable d'une alliance. Mais, au

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point (.1(3 vue du talenl, Veirier est certainement de la famille de l'auteur du 3Iilon.

Une génération nombreuse et méritante compose la famille provençale de Puget. L'arsenal de Toulon en fut le foyer. C'est là que se formèrent, sous les yeux du maître, les sculpteurs en bois et en pierre, appelés tour à tour, selon les circonstances, à décorer les vaisseaux du roi ou les édifices religieux et civils de la Provence. C'est de h\ que sont sortis les Caravaque, dont l'un figure comme témoin au tes- (ament de Puget ; les Duparc père et fils; Antoine Vassé, qui vint à Paris mettre son talent délicat au service des bâtiments du roi ; Jean Mathias, auteur du buffet des orgues de la Major, demeuré à Marseille en qualité de sculpteur des galères, pendant que Marc Cliabry portait à Lyon les traditions fécondes de l'école. Mais de toute cette plialange d'artistes, le pbis remarquable fut Bernard Toro, fils de ce Tureau ou Taureau que Girardon avait laissé à l'arsenal de Toulon pour y remplir sa place. Lui-même se qualifiait élève de Puget, et il avait raison. Par sa constante originalité, par sa verve inépuisable, par sa souplesse, par la vie dont il sut auimer ses moindres ouvrages, Bernard Toro peut être considéré comme l'expansion décorative du génie de Puget,

Au surplus, l'inHuence de l'auteur du Milon ue resta ])ns confinée dans les lin«ites étroites de la

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Provence. De môme qu'iiii vin généreux force le vase où l'on voudrait l'enfermer, la sève de Puget se répandit hors de son })ays nalal, pénclra jusqu'au cœur de l'art français, et produisit, après le lent travail d'un siècle, un fruit dont la saveur atteste sûrement l'origine. D'influence immédiate, il n'y en eut pas, surtout de son vivant, et il ne pouvait pas y en avoir. L'art français formait un système trop compacte, trop homogène, pour se laisser entamer. Les traditions éclectiques de l'école bolonaise, apportées d'Italie par Mignard et Le Brun, s'étaient implantées au sein de l'Académie. Elles composaient le fonds commun dont il fallait vivre. Elles étaient la loi. Elles donnaient le type sur lequel on devait se régler, qu'on fût peintre, sculpteur ou architecte. Le Brun, Girardon, Mansart, menaient le troupeau. Après l'art courtisan des Valois, l'art courtisan de Louis XIV régnait en France, absolu et souverain, et devenait à son tour une tradition française, faite d'apparat, d'élégance, de bon sens et de discipline. Comment le génie de Puget y eûtil trouvé place, lui qui se rattachait h l'antique par de sérieuses études, lui qui s'inspirait directement de la nature, lui qui avait demandé à l'Italie, au lieu des leçons prudentes de l'éclectisme bolonais, l'enseignement périlleux, mais toujours grand, du maniérisme romain ? Puget introduit dans la place faisait éclater le système et régnait sur ses ruines.

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