L'ART CONTEMPORAIN
G'esl qu'en effet le souffle de Puget ne doit pas s'éteindre. Je le crois nécessaire à l'art français. Craindrait-on la contagion de défauts qui sautent aux yeux? Hélas ! notre école de sculpture aura toujours trop de bon sens, trop de respect des convenances , trop d'esprit disciplinaire , et j'ajoute aussi, trop d'idéal, pour ne pas réagir contre les témérités du maniérisme, les folies de la personnalité et les extravagances d'une exécution matérialiste. Ce qu'elle doit redouter avant tout, c'est la mort. Ce qui peut la tuer, c'est la fadeur, c'est le froid, c'est la stérilité. Avec Puget , la sculpture devient féconde, elle s'échauffe, elle parle, elle vit. Mais comment apprécier un modèle qu'on connaît encore si peu ? V Hercule gaulois, V Andromède, le Milon, V Alexandre et Diogène, qui soni au Louvre, ne donnent pas une idée complète de sa valeur. Le moulage des Cariatides, placé à côté de ces marbres, y ajoute un document de plus. Mais le Saint Sébastien, mais le Saint Ambroise, mais la Conception, mais les Vierges de Carega et de Saint-Philippe de Néri, mais l'autel de Saint-Cyr, il faut aller à Gênes pour les voir, et l'on ne va guère à Gênes qu'en passant. Un jour, un des derniers gouvernements de la France (je ne sais plus lequel) eut l'idée de rapatrier, au moyen du moulage, deux de ces œuvres génoises de Puget, le Saint Sébastien et le Saint Ambroise. Puisque les originaux ne pouvaient
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èlrc à nous, nous aurions au moins los copies. On pria le consul général de convoquer des mouleurs et de faire dresser un devis. La somme demandée s'élevait à dix mille francs. 11 s'agit en effet dedeux colosses de 4 mètres, enfermés dans des niches qui ne les rendent accessibles qu'aux deux tiers : la difficulté de l'opération explique le chiffre auquel on la aait . Naturellement, l'affaire en resta là. Plus lard, il n'y pas bien longtemps, l'idée a été reprise par l'administration municipale de Marseille, composée alors d'hommes éclairés et actifs, dont la chute rapide a laissé de vifs regrets. La municipalité venait d'acquérir, au nom de la ville, la propriété du château Borély et de ses collections d'art : elle voulait y réunir, à côté du Faune et des bas-reliefs de Puget qu'il renferme, les moulages de ses grandes œuvres, afin d'en faire un musée à la gloire du maître. Les plâtres du Milon^ de V Alexandre et Diogène et des Cariatides furent demandés à l'administration du Louvre, et, si je ne me trompe, on entama des négociations pour opérer à frais communs le moulage des colosses de Gênes. Le chef de l'atelier des musées mettait au service de l'entreprise sa longue expérience et ses procédés économiques. Mais, cette fois encore, l'affaire n'eut pas de suite, comme si la fatahté qui stérilisa les rêves de gloire de Puget, le poursuivait jusqu'après sa mort.