Marine
A la plume et lavés sur vélin. H., 25 cent, environ; li., 55. — A Toulon, chez M. Ginoux.
226. Marine. — A la plume et lavé à l'encre de Chine, sur vélin. II., 55 cent.; L., 51. — A Marseille, chez M. Remoul.
— Cette marine, d'une exécution large et franche, a été gravée, au siècle dernier, par un artiste d'Aix, auteur do
la pièce suivante. L'estampe porte : « P. Pucet invenit. H. Coussin scu. »
227, Marine. — Estampe portant : « P. Puget in. H. Codssin scuLP. Dédié à monseigneur le président de Gueidan, d'aj)rès l'original du célèbre Puget, conservé dans le cabinet de M. l'Ad' Gén', son fils, par son très humble et 1res obéissant serviteur H. Coussin. »
228. Vaisseaux en mer. — Estampe du cabinet Bassan, portant : Puget del.
Dans ces marines, dont le sujet, comme la mer, est toujours le même et jamais semblable, Puget déploie une verve, une fécondité d'imagination et une souplesse de main bien étonnantes. Tantôt des galères passent légères à côté d'un vaisseau opulent; tantôt ces grandes machines dorment tranquilles dans un port; ou bien leurs canons vomissent une fumée dont les nuages noirs rappellent ceux que Poussin a jetés dans les ciels de ses paysages; ou bien encore, au milieu de tartanes et de goélettes, un vaisseau s'avance sous voiles, ainsi qu'un roi de la mer. Et toujours les poupes étalent leurs richesses, ciselées du bout de la plume avec autant d'art que par le ciseau; et toujours la science du maître se répand en détails imprévus : ici, une pièce de canon négligemment jetée sur le rivage; là, pour amarrer les cordages, au lieu d'un pieu, un chapiteau antique; dans les lointains, des colonnades, souvenirs du forum romain ; et toujours comme appoint de la vie du paysage, la figure humaine nue ou drapée, portefaix musculeux, guerriers superbes, matelots affairés, des bras, des torses, des épaules, langage familier de la science anatomique. L'exécution fait valoir toutes ces beautés. La plume se promène sur le ciel et sur la mer avec la précision et la netteté d'un burin : Claude Mellan n'a rien gravé de plus propre. Le pinceau couvre le vélin de demi-teintes transparentes, ménage des blancs lumineux auxquels il oppose des ombres vigoureuses. La plume et le pinceau s'unissent pour modeler les sculptures, relevées de noirs piquants, qui ajoutent un effet vibrant à cette harmonie veloutée. Je le répète, supposez un moment que Puget, ignorant son génie de statuaire, ait produit seulement les dessins de marine dont j'ai dressé la liste, il y aurait là une personnalité originale et saisissante, un artiste dans le goût de La Page, une de ces curiosités de fart qui passionnent les amateurs, désarment la critique
et provoquent les recherches de rérudition. On opposerait Puget à Vernet, la marine héroïque à la marine familière. On lui ferait un piédestal de ce qui n'est qu'un accident inaperçu de sa vie d'artiste. Ne négligeons rien chez un grand homme , pas même les petits côtés, et, tout en admirant le Milon, sachons réserver un peu de sympathie à ces dessins, seul témoignage vivant des grandeurs maritimes de la France sous Colbert et Louis XIV.