LE MONARQUE
le tableau, quoique ce nom désigne ordinairement la façade tout entière. Sous le tableau s'avance un premier balcon ; à l'étage inférieur, un balcon plus vaste s'étend devant les fenêtres de la salle du conseil : c'est, comme on dit en Italie, h piano nobile^ l'étage d'honneur. D'autres fenêtres s'ouvrent encore plus bas et forment le troisième étage, lequel repose sur ce que l'on nomme la voûte. Là, se rencontrent la jaumièrc, d'où sortie gouvernail, et les écubiers par où passent les câbles. Dans le Monarque^ le couronnement est un fronton arrondi, sur les rampants duquel sont couchées deux grandes statues, Mars et Bellone. Les extrémités de la moulure du fronton portent les fanaux, et reposent sur deux Renommées dont les pieds vont rejoindre le premier balcon. Au centre du tableau, un groupe en demi-relief représente Louis XIV en guerrier romain au milieu d'un trophée d'armes et de figures de captifs; ses pieds ont pour soutien un riche culde-lampe qui fait saillie devant les fenêtres du premier étage. Quatre termes, élevant leurs bras jusqu'à cette console et aux moulures qui l'accompagnent, relient le tableau au grand balcon d'honneur, d'où leurs gaines semblent sortir. Le premier balcon passe derrière, sauf la partie centrale qui s'avance à leur niveau et qui porte l'écussun aux armes de France. Le balcon d'honneur, très-richement décoré de balustres, forme aussi une
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saillie centrale décorée d'un aiilre écusson qu'enloiirenl des génies; il se développe de chaque côté, le long des flancs du vaisseau. Aux angles, une grande statue assise se groupe avec des Amours : d'une part, Neptune; de l'autre, la Terre. Enfin, ce grand balcon est supporté par des consoles ornées de mascarons et par dix cariatides alternées de Tritons cl de Sirènes, dont les jambes en queue de poisson se collent le long du bord, au-dessous des fenêtres de l'étage inférieur. Un cul-de-lampe abondamment garni de feuilles, quatre consoles opulentes, et, aux angles, deux chevaux marins, soutiennent cette dernière saillie qui est la voûte, et c'est entre ces motifs de décor que s'ouvrent la jaumière et les écubiers. On ne peut rien imaginer de plus magnifique. Etant donné le problème, c'est-àdire une façade à plusieurs étages en retraite, il n'était pas possible de le résoudre mieux, de mieux lier les diverses parties d'un aussi vaste ensemble, de mieux sauver les différences des plans, de mieux remplir les vides, de mieux garnir les surfaces. L'art se déploie avec une opulence sensuelle sur le carcasse établie par le constructeur, la fécondité du génie couvre d'un manteau de pourpre et d'or les inventions de l'esprit positif, le Beau triomphe de l'Utile en lui prêtant une vie idéale.
Dans la Thérèse Royale, les conditions du problème sont modifiées et réduites, sans que le gé-
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nie perde de sa vigueur ni de sa grâce. 11 n'y a jdus que deux étages entre le tableau et la voûte ; i)ar conséquent, il n'y a plus place pour ces termes formant galerie, pour ces cariatides soutenant la voûte et ces statues colossales couronnant le fronton. Celui-ci, chanlourné en forme de coquilles jumelles, abrite deux enfants, groupés au pied du fanal central. L'un semble regarder la scène de l'étage inférieur, l'autre se penche, une couronne à la main. Des palmiers encadrent le tableau, d'où se détache, en bas-relief, puis en haut-relief et en ronde bosse, la figure de la reine, assise dans un char que traînent deux dauphins. Les rênes de ces coursiers aquatiques sont tenues par deux grands tritons qui s'élancent des angles du vaisseau, pardessus la galerie. Le balcon ressemble à une vasque cannelée et l'on en voit sortir des tètes de serpents impuissants. Une composition aussi animée conviendrait mal à un édifice de pierre : elle paraît faite .tout exprès pour accompagner, par le mouvement des figures, la marche du navire. La vie circule partout, et la ligne architecturale s'égayc de mille détails. On sent que le génie a emprunté à la nature ses formes, à l'art décoratif ses éléments habituels, et qu'il a tout refondu, foulé et pétri dans un moule de fantaisie poétique. La vue seule des dessins cités plus haut, peut l'aire comprendre quelle variété d(5 rêves a su enfanter
ce cerveau toujours jeune cl prodigue à l'excès. Dans la Trompeme, les palmiers de la Thércsc Roijale^ ce que j'appellerai les pilastres du lablcau, sont remplaces par un groupe de deux figures nues, dont le corps finit en (pieue de poisson, et qui s'embrassent avec des mouvements d'une adorable perfidie. Dans la Boiiffomie, ces pilastres sont des satyres ; dans VIle-de-Fi'ance et h Madame^ ce sont des courtisans en costume de marquis; à «leurs pieds, des figures assises symbolisent, l'une, la Fidélité, avec un chien , l'autre, la Sincérité, avec un miroir, et le tableau représente une dame à sa toilette. Au tableau de la Bouffonne^ on voit une nymphe rieuse chevauchant toute nue sur un âne, un tambour de basque à la main : des mascarons comiques s'accrochent à la voûte; sur le fronton, des singes jouent avec des guirlandes de fleurs. Le tableau de la Trompeuse est vide : des mufles de sangliers remplacent les mascarons; au couronnement, entre les coquilles, apparaît un gros masque riant sous la peau de bête qui le recouvre. Le tableau du Sceptre montre une main sortant des nuages et tenant le sceptre au-dessus de la couronne placée sur une table; le tableau du ParHs est orné d'un navire antique. Ces deux derniers vaisseaux, qui ne portent des figures assises ou des chimères ailées qu'à l'angle du balcon, ont, auxdeuxcôtcsdu tableau, des colonnes torses seules ou accouplées. En somme,