PORTAIL DES CHARTREUX
et le bon goust de ce très-vénérable père, n'y ayant aucune maison dans l'ordre bastie si régulièrement selon l'institut et les règles de l'architecture. » L'annaliste ajoute plus loin « qu'en 1694 le père Berger fit travailler aux voûtes des chapelles du sanctuaire et de la nef, en sorte que, dans le commencement de l'année 1695, elles se trouvèrent achevées ; que, depuis, il a donné le prix-fait de la grande corniche, des degrés et du dessus de la colonnade et du portique, etc.. » Il ne paraît pas possible de suspecter de tels documents, surtout quand on voit un plan de la ville de Marseille, de 1785, reproduire le portail de l'église des Chartreux, avec cette légende : « Du dessin de dom Berger, ancien procureur général de l'ordre à Rome. » D'autre part, cependant, il est difficile de ne pas reconnaître dans la façade de cette église plus d'un point de ressemblance avec trois édifices incontestablement construits par Puget, la halle, la chapelle de la Charité et la maison de la rue de Rome. C'est le même rapport entre la hauteur des colonnes et l'entablement, le même effacement des profils, à l'exception de la corniche toujours très-accusée et très-riche, le même aspect général d'élégance un peu maigre et de simplicité presque pauvre. L'évidence command(3 et permet de conclure que Puget, à l'apogée de sa gloire d'architecte en 1675, fut consulté par le vénérabhi prieur. S'il ne donna pas un dessin, il corrigea celui de dom
Berger, l'ius lard, pendant que la tradition laïque dépouillait le cliarlrciix au profil de l'artiste, la tradition monastique ne voulut, au contraire, se souvenir que du moine arcliit(!ctc. Au surplus, écoutons Bougerel. Il attribue à Puget « la construction de l'église des Capucins de Marseille, jusqu'à la corniche, » et il ajoute : « Le reste du dessin n'est pas de lui.» Lisez Chartreux au lieu de Capacms, qui d'ailleurs es*impossible, et nous voilà d'accord. Il restera à dom Berger l'intérieur de l'édifice. Mais Puget devra être considéré comme l'auleur de la façade, au moins dans sa partie inférieure. Et, pour bien dire, ce portique d'ordre ionique est à nos yeux le morceau d'architeclure le plus capable de lui faire honneur, après la halle.
Son talent d'architecte, né d'une nécessité locale, Puget sut aussi l'utiliser pour lui-même : l'agrandissement de Marseille lui permit de se construire une maison à l'angle des rues de Rome et de la Palud. En 1672, il devint propriétaire, à Toulon, d'un terrain et d'une maison à l'angle de la rue de Bourbon et de la rue de rHôtel-de-Ville, et là encore, il se bâtit une habitation. Plus lard enfin, un g^rand terrain, qu'il possédait à Marseille, au quartier de Fontgate, fut transformé par lui en une villa où il finit ses jours. Les deux premières subsistent : elles rentrent, sauf quelques détails, dans le système d'architecture adopté pour les maisons