‹ Pierre PugétChapitre 75 sur 232 · PRIX FAIT DE LA STATUE · texte numérisé non relu

PRIX FAIT DE LA STATUE

ot conditions cy après, lo tout soubs le bon plaisir de Sa Majesté.

Premièrement ledit entrepreneur s'oblige de f-.iire la stalne équestre du Roy aux mesures cy après ;

Savoir que la figure du Roy sera de bauteur de dix pieds dix poulces depuis la plante des pieds jusques au sommet de la teste.

Le cbeval aura de longueur despuis le poitrail jusques au delfaul de la croupe neuf pieds sept poulces.

La figure du Roy sera vestue a la Romaine avec son manteau impérial, ayant sa contenance grave et fiere, tenant di^ la main droite un baston de conmiandement et de la gaucbe li^s rênes du cbeval.

Le cheval sera cabré, no se soutenant que des pieds de derrière et de la queue qui se fortifliera sur la cymaize du pied destail.

Le métal ou bronze sera de mesme matière que celle que le Roy fait travailler pour Versailles a Earsenal de Paris dont WM. les Eschevins feront venir un lingot sur lequel Tentrepreneur se réglera pour en fournir toute la quantité nécessaire à Touvrage au mesme titre.

A l'esgard de l'espesseur du métal de la figure de Sa Majesté et du cbeval, elle sera à la vollonté de l'entrepreneur et selon qu'il le jugera a propos pour la perfection et durée, de cet ouvrage, dont il fournira lui-même le dessein.

L'entrepreneur sera chargé du pied destal, afin que suivant son génie, il puisse le faire d'une manière qui reponde a la figure e(juestre.

Le pied destal serr. composé de trois pièces, sçavoir : Tame au nnlieu ou les deux corniches, la cymaize et la cornicbe plus basse avec son soubassement ou zocole composé de quatre pièces marbre banlille.

l/ame du pied destal aura environ onze pieds neuf poulces longueur, cinq pieds deux poulces largeur, cinq pieds sept poulces bauteur.

La cymaize aura [lar dessus celte longueur sa sortie, coinini^ aussi la cornicbe, d'environ un pied deux poulces selon (pie l'entrepreneur le jugera a propo-;.

Le soubassement ou zocole sera fait comme est dit cv dessus de quatre pièces qui circonderont la corniche de la basse du pied destal et se joindront aux quatre coins du soubassement.

La eoniicbe aura (Miviron drux pieds trois poulces d'e.spesscur.

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F-n cyinaizft aura deux jiieds d'cspcsseur.

Toutes lesquelles pièces, au nombre de sept, fout dans leiu' total mille cinriuaiile ])ieds sept poulces qui d'achept, noliis et transports rcviendroul environ à la somme de treize mille einr] eeni livres plus ou moins, ddiit reiitreprcneur se eliargc.

Les trois ])icces du pied seront du marbre le plus blane et le plus fin.

L'amc du pied dcstal qui est la pièce du milieu sera vuidce a un pan deux poulces d'espesseur, comme il sera jugé a propos pour la rendre moins pesante que les deux autres pièces, la evmaize cl la corniche, qui est la partie la plus basse, le tout suivant le modèle qui en sera fait; seront la corniche et la cymaize dudit pied desta! ornées par des feuillages, canaux et chapelets, et tout le reste de Tarchi lecture dudit pied destal sera parfaitement bien polli.

l'aiis les quatre coins du ]>ied destal il sera pratiqué quatre colonnes enfoncées dans les angles avec leurs chapiteaux et bazes du inesme métal que la statue, elles auront environ six pieds y comprenant les chapiteaux et bazes, lesquelles colonnes seront s'il est possible de marbre noir et blanc antique, ou du pUis pretieux iaspe qu'on tire de nos quartiers, lesquelles seront parfaitement bien poUies.

Les chapiteaux et les bazes seront de bronze doré à feu, du meilleur, du plus bel or et du plus fin.

Aux deux faces du pied destal seront faits deux bas-relief?, d'environ huict pieds neuf poulces de longueur, ou de telle mesure qu'il sera arreslé et jugé nécessaire et cinq pieds ou environ de largeur pour y estre représenté tel sujet qu'il sera agréé par Sa Majesté, les bordures du mesme bas-relief seront d'environ quatre poulces lar • geur, elles seront avec le mesme bas-relief d'une mesme pièce.

Au devant et derrière dudit pied destal y sera enchâssé les inscriptions du mesme métal que dessus en lettres grandes et petites qui sortiront en relief pour le moins deux lignes hors œuvre, elles seront dorées, comme les bazes et chapiteaux des colonnes d'or à feu du plus fin.

La statue du Roy sera tout au moins des mesures de celle de Henry quatre, laquelle est généralement estimée fort bien proportionnée, ou ainsy qu'il plaira à Sa Majesté.

L'entrepreneur s'oblige de rendre l'ouvrage parfait et de le pos( r en [)lacc dans quaire années au plus tard, a ses frais et despens,

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(]'v tr,n;iillor et fiiiro lr;iv;iillei' sans discontinuation et de fournir tous les altelliers pour dresser ses modèles en petit et grand Tolume, tant de la figure équestre que du pied destal, ou seront dressés Tun rt l'autre tout proche de la fonderie, et les fourneaux comme aussy le métal, et tous les ferrements, tout attirail, machines, grues, cabestans, poullies, cables et généralement tout ce qui sera nécessaire pour la perfection de cette ouvrage.

11 acheptera les marbres pour le pied destal et les faira venir à ses risques, frais, cousis et despens, faira faire un enclos bu sera travaillé le pied desial, au lieu et place ou doit estre posé l'ouvrage, quv lui sera assigné par lesd. s" Eschevins, lesquels sobligcnl de faire pilloter aux frais de la Connu'" Tendroit ou devra estre eslevé cet ouvrage, et remplir pardessus le pillolage jusques au retz de chaussée de bonne pierre de taille, scavoir pierre de coronne jusques a deux pieds près du bassement et le restant jusques aud' bassem' sera fait de pierre froide de cassis, excédant en sortie plus que du bassem' du pied destal pour le moins de trois pieds tout autour, et cramponner toutes lesd" pièces de crampons de bronze, plombés, ce qui sera fait comme dit est aux frais de la communauté depuis le bassem' du pied destal de bardille jusques aux pillotis au temps ([ue led. s' Pugct le jugera a propos, dont il prendra la conduite; Et c'est moyennant le prix et sonnne de

Les parties n'ayant pu en convenir ont laissé en blanc ce qui doit estre donné aud. s' Pugct entrepreneur pour estre le vuide remply par Sa Majesté suivant son bon plaisir, sur les desseins et modèlesi|ui lui seront présentés.

Lesd. s'' Eschevins feront pa;er aud. s'' Puget en desduction du prix des ouvrages vingt quatre mille livres dans deux ans à raison de mille livres par mois, le premier payem' se faira a la fin du présent mois, et ainsin de suite, et ils s'obligent en outre de luy fournir des lettres de crédit sçavoir de la somme de onze mille livres pour l'achept des marbres, et de dix mille livres en Hollande pour la fonte, lorsqu'ils en seront requis, et les sommes (pii siéront payées sur ksd'" lettres de crédit seront rendjourcées par la connnunaulé qui en faira les advances, et led. Puget entrepreneur leur en tiendra compte sur le prix des susdits ouvrages, et le restant de la sonmîe qui sera réglée par Sa Majesté lui sera payée en quatre payes, sçavoir, un quart six mois après les susd" deux années finies, l'autre quart autres six mois après, et le vstanl après l'ouvrage fini

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ot rccopli'-, n condition noantnioins qu'il fera loullos les diligfnces possii)les pour advancer , achever, et perfectionner le susdit ouvrage qu'il ne luv sera pas permis de discontinuer.

L'entrepreneur demeurera charge do tous les risques et accidents f|tii pourroint subvenir, soit en l'achapt, voilure et transport des matières neccss'*% et de Touvrajïe ou autrement.

Et lorsque le tout, Dieu aydant, sera achcvL- et posé, sera pris des gens cognoissants de part et d'autre pour la réception de l'ouvrage.

Et icy présent S' François l'uget, aussy mailre architecle, lecpicl de son plein gré a promis et promet envers lesd" s" Eschevins de continuer le susd' ouvrage en cas de mort ou maladie dud. s' Piigcl son pcre ou autre empêchement jnsques a sa perfection, et de suivre et exécuter tous les pactes et conventions exprimées cy dessus sans pouvoir prétendre autre chose de la communauté que ce quy restera a payer de la somme a laqueUe le total des ouvrages seront taxés à peine de tous despens dommages et intherest, les parties promettent réciproquement de garder et observer le contenu aux articles cv dessus, et obligent pour cet effet, sçavoir lesd" s" Pugel V' biens présents et advenir et lesd" s" Eschevins ceux de lad communauté suivant leur pouvoir a toutes cours et ainsi l'ont promis et juré. Fait et publié aud. Marseille dans Ihostel dud. seigneur intendant, en présence de s" Jean Baptiste Grazille et Jean Baptiste Poitier, mercbands dud. Marseille tesmoings requis et signés avec les parties et niond. seig' intendant à l'original.

On ne connaît Puget qu'à demi, quand on a vti seulement ses gi^andes pièces qui sont au Louvre. Pour le connaître tout entier, il faut pénétrer dans ses projets et dans ses rêves, encore plus grandioses. C'est ce que nous racontent les documents originaux, et c'est pourquoi je prends plaisir à les citer, au risque d'être accusé de faire un ouvrage de marqueterie. Le prix ftiit de la statue équestre reproduit évidemment le mémoire diTssé par l'artiste, et ce

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mémoire n'était lui-même ({u'iine coiiveisatiuii presque idéale de Pugel avec son génie, ce dernier dictant les inventions sublimes, l'autre les écrivant avec la bonne foi d'un esprit simple (pii ne doute de rien.

Je dictais, Homcrc écrivait.

Et l'homme qui entassait ainsi les marbres et le bronze à la gloire de son roi, terminait alors sa soixante-cinquième année.

Avec un programme aussi complet, il n'y avait qu'à marcJier. Le 9 octobre Puget recevait la première somme de mille livres promise par mois. Des marbres étaient demandés à Gênes. Le bas-relief iVAlexandre et Biogène fut relégué en quelque coin, et l'artiste, non moins confiant que les écbevins dans l'agrément du roi et le succès de l'entreprise, se donna tout entier à l'oeuvre nouvelle.

Cette statue équestre de Louis XIV qu'il s'agissait d'élever, non-seulement auxyeuxde ses concitoyens, mais sous les regards de tous les peuples et de la postérité elle-même, ce n'était pas assez pour le céiiie ambitieux de Pui-et. Quel endroit de la ville

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sor;iil digne de jMirlcr soji œiivi'c? A la .^laluc du roi il l.illail une place royale. Pour créer la place Uoyale, Pugcl démolissail la inuilié de Marseille, (le que le Bcrnin avait osé à llonie, il l'oserail en Franœ. Il doterait son pays d'une nouveauté singulière enlre tontes. Au lieu de s'en tenir aux vieux tracés, octogones, carrés, circulaires, il dessinerait autour de sa statue un élégant ovale. El, s'il ne pouvait, comme l'architecte romain, l'encadrer de colonnades qui ne sont qu'un magnilîque décor, du moins saurait-il y bâtir des palais de la plus noble architecture. Les rêves de l'agrandissement étaient dépassés de cent coudées.

Les dessins de Pu^et existent au nombre de trois. Ils font partie de la collection du musée de Marseille, qui daignera quelque jour, je l'espère, les retirer de l'obscur corridor du château de Boréiy où je les ai vus. En foce de la mer se dressent deux corps de logis à deux étages dont l'étage supérieur est une loggia^ un portique à l'italienne, semblable aux promenoirs qui couronnent certains palais génois. De là, l'o-il aurait pu embrasser le panorama de la rade et compter dans le port les richesses commerciales de Marseille. Les deux foçades se terminent, au milieu, par deux pavillons ornés de frontons. Entre ces pavillons, une porte triomphale, qui permettait de fermer le port, donne accès à la place. Deux longues ûiçades s'y développent en

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ovak', lutoiTompuesseulcmcnl, à raiilro cxlréinik', par une nie communiquant à la ville. Elles reproduisent rordonnance des corps de logis extérieurs, et des pavillons semblables les flanquent de distance en distance. Au centre de la place, Puget a- figuré la position de la statue par un piédestal tourné vers la mer, sur lequel on lit : Loirs le Grand en tout. Les pavillons offrent une particularité caractéiistique. La fenêtre du premier étage consiste en deux aicades géminées qui ont pour support commun une colonnette ionique à fut renflé. J'ai entrevu à Gènes le même modèle de colonne, employé comme support d'un escalier à jour. En se l'appropriant, Puget essaya d'en faire une conception originale. Déjà il avait appliqué ce motif bizarre à une fenêtre de sa maison de Toulon. La persistance avec laquelle il le reproduit dans son projet de place royale, montre quel intérêt y attachait son amour-propre d'inventeur.

Si l'on combine ensemble la forme de la place de Saint-Pierre de Piome avec l'aspect de la place Vendôme et de la place des Vicloires, on aura une idée de ce que devait être la place Poyale de Marseille. L'architecte n'y marchandait pas plus son génie que le sculpteur. Mais hélas ! servir un plat de cette sorte à une ville de i)rovince, n'était-ce pas la condamner d'avance à mourir de faim? Les échevins de Marseille ne prirent [)oint le change.

Ils apercjurenl de suite l'abîme financier où les menaient les rêves de Puget. Celui-ci , cédant à leurs instances, consentit alors à faire un autre plan, (l'une réalisation moins impossible, qui supposait la place carrée. Le dessin existe également au château Borély. C'est, à peu de chose près, la môme architecture. Seulement, la coupe à angle droit permettait de réduire les démolitions et d'utiliser les nouveaux bâtiments.

Toutefois, sur ce point comme sur le [»rix de la statue, il fut impossible de s'accorder. Les deux parties convinrent de s'en remettre au jugement du roi. François Puget, courrier ordinaire de son père, reçut la mission d'aller présenter à Sa Majesté et le prix fait de la statue et le double plan de la place Royale. Il partit le 15 octobre.

Dès lors commença une lutte qui devait durer deux années entières. La statue équestre disparaît au second plan. L'affaire de la place prime tout. Lequel adoptera-t-on, du plan carré ou du plan ovale? Peu s'en fallut que la guerre des deux plans n'égalât en péripéties la guerre des Deux Roses.

Puget qui jugeait les choses avec son génie et avec son bon sens (deux frères moins ennemis qu'on ne croit), Puget ne séparait pas la place de la statue, ni la statue de la place. Bien plus, la ligure équestre du roi, telle qu'il l'avait conçue, appelait, selon lui, un cadre ovale. Or, il n'était pas seul à

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