AU ROI
Sire,
L'honneur que Votre Majesté me fait d'approuver mes ouvrages me fait espérer qu'elle jettera les \eux sur le présent Mémoire que mon fils aura l'honneur de lui présenter : ce ne sera que pour lui représenter très-humblement que l'Andromède, le Milon et le basrelief d'Alexandre, sont les seuls ouvrages que j'ai faits depuis que V. M. me fit l'honneur de me retirer de Gènes l'année 1669. Voilà, Sire, 25 ans qui se sont écoulés à ces trois ouvrages, desquels le suppliant n'a reçu que vingl-un mille livres. Six mille livres pour le bas-relief, quinze mille livres pour l'Andromède. V. M. est trèshumblement supplice de considérer que le marbre a coûté à Carrare six mille livres d'achapt, sans compter le port de Carrare à Gènes, de Gènes h Marseille et de Marseille à l'aris, qui \a à plus de deux mille cinq cents livres; et les assurances que je fis de l'Andromède lorsque je l'envr. 'ai ;> V. M. qui montent à plus de 800 livres. Voilà, Sire, près le dix mille livres que cet ouvrage me coûte, sans compter le louage de l'atelier et quatre cents livres pour la caisse.
Pour le Milon et le bas-relief d'Alexandre, V. M. en a fourni le marbie et les frais jusques à Paris. Je n'ai fait que les frais de l'assurance du danuer, qui montent h seize cents livres, et les frais du louage de l'atelier. Il me reste enc^re, Sire, pour mes peines, pour le paiement des ouvriers, dix mille livres, sans compter mille petits frais que je ne mets pas en ligne de compte. Je me flate. Sire, que V, M. aura quelque bonté pour moi, et pour ma famille; puisque j'ai quitté de grands avantages à Gènes pour me rendre aux ordres de V. M. Lorsque j'eus l'honneur de lui faire présenter l'Andromède, feu M. de Louvois m'ordonna d'accompagner par un autre grouppe celui d'Andromède. 11 m'ordonna de faire venir un bloc de marbre ; et lorsque le marbre seroit arrivé à Marseille, il m'accorderoit 2000 livres toutes les années jusques à sa perfection Je n'avois demandé cette sonmie que pour pouvoir payer les ouvriers qui travailloient à cet ouvrage. Le seul bloc pesé 800 pesant ; il n'en est jamais sorti un plus beau et plus gros de Carrare : il me
LETTULS DE PUGET. 2S5
revient à huit mille livres, et le port de Carrare à Marseille quinze • cents livres, étant le seul cliargement d'une grosse barque. Lorsque V. M. considérera les avances que j'ai faites pour ce bloc de marbre, et les intérêts que Je fais de cette somme, elle n'aura pas peine à connoître Télat où je puis être par le peu de profil que j'ai fait depuis tant d'années, ayant eu fort peu d'aide pour tous ces ouvrages. L'on ne dira pas que j'en ai fait d'autres pour les particuliers. J'ose assurer V. M, qu'excepté une petite Vierge de quatre pieds et demi pour un seigneur de Gènes, qui l'a mise à sa chapelle domestique, je n'ai rien fait pour aucun particulier.
Mais le placct resla sans réponse. Et le payement (Ui l)as-relief n'arrivait pas, et la pièce de marbre était toujours là, tentation permanente pour l'arlisie. Lui qui ne demandait qu'cà prendre le ciseau afin d'y contenter son génie, il lui fallut encore plus d'une fois prendre la plume et exhaler ses plaintes sur le papier. Aussi la plainte devient aigre, et l'on voit se reproduire la menace de quitter la France.
A Marseille, ce 19 septcmlni? 1G92.
Monsieur ,
Vos grandes afaires fontohlier les petites de peu de concequancc. Monsieur de Vauuré ina faict la grâce de inescrire pour ce qu'il mé dcu du payement de mes marbres et qu'il y fait retrancher quelque chosse et comme il est mon bon amy jo luy ay mis en main den couper et retrancher tout comme il vous plaira et comc cet afaire dcpand de votre ministère je vous suplie Monsieur de faire redetion la longueur du temps que le Roy me doit sel te partie corne encorre du reste duu trauail que je vien dachcuer il y a enuiron ipiatre année je suis [lourlairt niorlilh'' de voir issv tant de monde enlrelenu du Roy et paie ponctuellement il son au nombre de dix nus ' et quoy font til je nan sai rien ; que je voies suprimer ces jans la como très jntille, Puget premlntil paliance; (pie si je suis cou-
' Sans (Idiite « dix-nouf. »
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train de sortir de ma patrie pour inocuper a mon art je laisse .t panser cy ce me sera un rude coup et j'en suis a la veille ; je vous jiric Monsieur (juc sela ne mariue pas dans les bonnes jntentions que je tousiour pour le seniice de noslre grand monarque cy se nctoil pas ces volontés jl y a bien quelques années (|nejaurois port' car je soufCie clrangemenl Mons'' de Lonuois ma cause desesive depances que je serois fâche de man repanlir si le paiement de mes afaires ne me soulagoit un peu ce ce (pic je vous demande par grâce particulière et suis auec bcamoup de respect Monsieur vostre très buuible et tics obeisanl seruitcur,
P. PUCET.
A Maix'illr, ce 2'2 seplomljrp (on déccnibre) 169"2. Monsieur,
Le besoin etlexlreniitedemes afaires me font cstic fort importun dans cette occasion ; a la fin ceux qui mont fourni dargent pour faire venir la pierre de marbre pour faire un parel groupe que seluy d Endromcde ordonné et par les ordres de Mgr le marquis de Louvois me tourmentent beaucoup et si jelois payé Monsieur, je serois fort en repos et je continuerois avec assiduité et je me promelois si forl dcstre satisfait que j'ay fait venir de Paris un de mes élevés pour maider a cette piesse. Il nia pas un argent mieux gaigné que seluv que je demande, son des fatigues de mes bras et de ma sueur. Je mérite pour le moins autant quun tas de monde qui sont issv entretenu pavés pontuellement. Mais ses mystères sont inconnus a Puget. 11 vous demand Monsieur vostre assistance et faveur. M. de Vauuré et M. de Bontems vous en j)rierons, et pour moy je vous en serav toute ma vie esirement obligé et je suis avec tous mes respects
Monsieur
Vostre très humble et très obeisant serviteur.
* P. Puget.
Il avait bien raison, le malheureux, et ce qu'il a écrit, tous les artistes peuvent le répéter avec lui : o II n'y a pas un argent mieux gagné que celui que je demande. Ce sont des fatigues de mes bras et