LETTRES DE PUGET. '2X
de ma sueur. » Uuelle éloquence dans ce cri d'une àmc indignée ! Et quelle grandeur dans la }»elile phrase qui suit : « Ces mystères sont inconnus à Puget ! » En regardant les œuvres de Puget, un esprit critique, rebelle à l'enthousiasme, pourra être tenté de ne lui attribuer qu'une très-grande habileté de main, une science pratique supérieure; mais, quand on lit ces lettres, il faut bien reconnaître que l'homme qui les a écrites portait en lui une grande âme. 11 n'en est pas une où l'on ne soit arrêté par quelque trait imprévu, où l'on ne sente se dégager, sous l'orthographe barbare, je ne sais quel parfum cornélien. Comment ceux h qui elles s'adressaient n'auraient-ils pas fini par en être touchés? Nous ignorons de quelle manière fut réglé le prix du bas-relief, mais il fut réglé à la satisfaction de Puget-, puisque Puget se décida à se dessaisir de son œuvre. Vauvré annonce le départ en ces termes, et l'on remarquera la fatalité qui mêle toujours les marbres du grand artiste avec les oignons du jardin du Pioi :
A Toulon, le 20" janvier IB'Jô.
Je 1110 donne ITinnneur de vous envoyer, Monsieur, le coniple de a dépense du jardin du IJoy pondant Tannée dernière, donl je vous supplie de vouloir ordonner le fond à M. de La Ravoye, pour son reniboursemont.
On travaille à descendre le bas-reliel lY Alexandre cl Diogcnc de
Tattelier du s' Puget au port de Marseille, pour Py embarquer el
l'aporlericy, pour le faire passer à Rrcst, sur l'oscadiu dos vaisseaux
du Roy.
De Vauvké
28G i'IKIil;!-. i'l(,K I.
Le momc jour, Piigel ccril aussi. La nouvelle conlenuc dans la lellre de Yauvré est un couj) de poignard poiu' le cœur de l'artisle. Ce n'est pas assez qu'on lui paye son œuvre, il faut qu'elle parvienne au roi sûrement, el voilà qu'on la livre aux hasards de la mer ! Sa sollicitude paternelle se réveille cl lui diclela page suivante :
Marseille, ce "20 janvier 16''3.
Monsieur,
Jetois a la cour il y a quatre années, et prenant congé du Roy me recommanda de travailler lousjour pour son servisse. Mon i)as relief d'Alezandre et Milon estoit si l'aut dire aclievé et conie set ouvrage estoit fort importent pour le traval que je metois ocupc moymesme lespace de sinq ans et que tout le monde estimoit un ouvrage extraordinaire, je résolus descrire à Monsieur le marquis de Louvois pour faire porter cet ouvrage a Paris, et qu'on avoit trové la voiture Irescomodc par Lion sur le Rosne et Roine* et sm* le canal de Rriare, que moyenent la sortie de 1700 livres on conduisoit les deuz caisses a Paris, Monseigneur ne men respondit rien. Sependant M. de Vauuré aheus ordre de les faire pacer en ponant sur les vaisseaux du Roy. Je ne seu manpccher destre fort chagrin de me voir asarder et espose une fati-uc si grande, dans la conjecture des gerres ou nous somes et extraordinaire pour moy de qui jen alant des bienfaict et recompence du Roy, car cest ouvrage ne coûte près [ue rien au Roy pour les avoir travailles pendant que jetois entretenu au port de Toulon pour la conduite des balimenls de mer et de terre et ces ornements, les ayant faicts en reconoissance des biensfaicts du Roy et pour mocuper afin qu'un jour je peut donner a conoilre si jetois digne de mes emplois. Quoique achevé le Milon qui ne restoit plus que le pied gauche et la main qui est prisse dans le tronc et le bas-relief d'Alexandre cl Diogéne fort avancé, on me mit ors du servise du Roy sans en scavoir le suhjet. Mou-
1 Lisez Roanne.
LE LiAS-KELlEF A l'AHlS. ti87
sieur de Vauiiré nie lit un marclié pour la somme fie 0,000 livres les deux ouvrages, que s'il faloit en faire un pareillement taat de Inn que de l'autre, je ne le scaurois faire pour moins de vint et sinq mille. Ainsi Monsieur on ne devrois pas espargner rien pour me contenter a faire pacer ces deux caisses par les vois assurés puisque l'ouvrage est fnit et que difi^ilemcnt on en pourra avoir du mesme eslan les intentions du Roy qu'il les agrée*. Je ne puis que vous en prolester, afin que je ne sois pas reprochable de mes soins, tenant copie de ma présente lettre. Notre Seigneur vous tiene en sa sainte grâce, et suis avec un 1res profon respect,
Monsieur,
Voslre très humble et 1res obéissant serviteur.