‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 104 sur 250 · CHAPITRE XLIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIII

confusion à bord , et O'Brien m'envoya de nouveau savoir si on voulait se rendre. On me répondit affirmativement, et je montai sur îepont. C'était le Commerce de Bordeaux , qui , avec trois cent trente esclaves, reste de cinq cents qu'il avait embarqués sur la côte , se dirigeait vers la Martinique. De graves maladies régnaient parmi les gens de l'équipage qui presque tous étaient couchés dans leurs hamacs. Il avaient récemment tué des perroquets pour se faire de la soupe; quelques-uns qui restaient, de l'espèce grise , parlaient merveilleusement bien. Les matelots nous dirent qu'à leur départ de Guinée , ils avaient à bord plus d'un millier de perroquets.

O'Brien, s'apercevant que j'avais pris possession, renvoya une autre barque savoir quel était le navire. Je le fis prier, en lui transmettant une réponse, de m'envoyer le chirurgien du Serpent à sonnettes ; car plusieurs hommes de l'équipage du Commerce de Bordeaux , et un grand nombre des pau^Tes esclaves , avaient été atteints par nos boulets. Je ne connais rien de plus propre à émouvoir la pitié d'un cœur sensible que la condition des malheureux habitants de la Guinée à bord d'un navire négrier; c'est le manque d'air entre les ponts ; c'est l'odeur fétide qu'exhalent leurs ordures qu'on ne se donne prescju^ jamais la peine d'enlever; ce sont les malades qui gisent sans secours , et que regardent avec indifFéiTnce ceux qui sont plus robustes ; puis les

hommes, les femmes et les enfants , tous entassés et confondus dans un état complet de nudité ; à qui la puanteur et le manque de nourriture ne laissent que la peau et les os , et qui vivent dans une atmosphère où personne autre qu'un nègre ne subsisterait. Si toutes les horreurs dont un navire négrier est le théâtre étaient généralement connues , je crois qu'on reconnaîtrait qu'assimiler la traite des nègres à la piraterie ne serait qu'un acte de justice ; d'ailleurs, une chose certaine, c'est qu'à moins de traiter comme pirates les infâmes qui s'y livrent, on n'y mettra jamais de terme.

Au lever du soleil, quand tout eut été disposé pour le mieux, à bord du navire , O'Brien résolut de le conduire à la Dominique , afin de déposer le plus tôt possible les pauvres esclaves à terre. Nous mouillâmes avec lui , peu de jours après , dans la baie du prince Rupert, où nous n'eûmes que vingtquatre heures pour nous procurer quelques provisions fraîches et prendre des mesures relatives à notre prise, qui , comme on doit le supposer, était de quelque valeur.

Pendant le peu de temps que je passai à terre afin d'acheter des volailles et des légumes pour O'Brien et pour nous autres ofiiciers, je pris plaisir à voir un sergent nègre qui apprenait l'exercice à quelques soldats de son régiment , nègres libres ou mulâtres. Il paraissait résolu à faire aussi bonne figure que possible ; car il commença par dire : — Vous qui avoir

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