‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 103 sur 250 · CHAPITRE XLIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIII

rejetés à la mer; — entendu un cri , j'ai supposé que c'était un sirène, — j'ai regardé de toutes parts, mais n'ai rien aperçu; — remarqué un très étrange bouillonnement de l'eau à la proue , et calculé que c'était le serpent marin ; — suivi pour le bien voir , et presque échoué sur la Barbade; — viré de bord; — rencontré un Anglais , que j'ai poliment traité.

Après avoir parcouru son loch , je lui demandai à jeter un coup-dœil sur les hommes de l'équipage pour m'assurer qu'il n'avait pas d'Anglais à bord. Ma demande lui déplut, et il en murmura beaucoup; mais il les fit monter sur le pont. L'un d'eux, je n'en doutai pas, était un Anglais , et je le lui dis; mais l'homme, aussi bien que le maitre, soutint le contraire. Néanmoins je jugeai convenable de l'emmener à bord pour qu'O'Brien décidât la question , et je lui ordonnai de descendre dans ma chaloupe.

— Certes , s il vous plaît de recourir à la force , je ne saurais l'empêcher ; on peut à peine , vous le voyez, se bouger sur mes ponts, autrement... Dans tous les cas , je vous dirai , M. le lieutenant , que votre navire deviendra une autre flermione, j'en ai peur , si vous enlevez des Yankies (1) de vrai sang; et les Etats de l'univers se mêleront de l'afTaire, aussi sûr qu'il y a des serpents en Virginie.

Malgré cette remontrance, j'emmenai le maitre

(1) Ou yfinkct; c'est un sobriquet ([ue les Anglais donnent aux Américains des ËtaU-Unis. A. M.

et le matelot, par devant O'Brien, qui eut avec le premier une longue conversation dans la cabitie. Lorsqu'ils remontèrent, il obtint de partir avec son homme , et nous remîmes à la voile. J'eus le premier quart cette nuit-là , et tandis que nous longions la côte , j'aperçus non loin de la terre , un vaisseau qui mangeait le vent, c'est-à-dire était presque arrêté par un calme , et dont les voiles battaient dans tous les sens au gré des brises qui soufflaient de tous les côtés. Nous gouvernâmes \^rs lui , et lorsque nous n'en fûmes plus qu'à un quart de millcj nous tombâmes dans la même situation. La chaloupe du gaillard d'arrière fut mise cai mer , et je partis pom' tâcher de le prendre à l'abordage ; mais comme il était grand et paraissait bien armé , O'Brien me recommanda d'être circonspect, et , s'il y avait mine de résistance, de revenir siu'-le-champ.

Lorsque j'arrivai près de ce navire , on me héla en français , et l'on m'invita à me retirer , sans quoi on allait faire feu. Je n'en demandai pas davantage, et , conformément à mes ordres , je retournai vers le brick , où je fis mon rapport à O'Brien. Descendant alors toutes les chaloupes du gaillard d'arrière, acms forçâmes le brick de manière qu'il pût lâcher une bordée à notre antagoniste , et nous fîmes , en outre , feu d'une demi douzaine de caronades chargées à boulets et à mitraille. Lorsque nous cessâmes de tirer , nous entendîmes beaucoup de bruit et de

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