‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 119 sur 250 · CHAPITRE XLVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVI

lin petit mât de fortune qui devait sulïire momentanément. Nous abaissâmes la grande voile, nous y mimes des voiles de cape , et après l'avoir hissée de nouveau, nous tâchâmes de rejoindre le brick qui , de son côté , avait presque atteint les prises ; mais elles se séparèrent, et ce ne fut que vers la nuit qu'il en eut capturé deux. La troisième vira alors, et le Serpent à sonnettes lui donna la chasse. Nous suivîmes le brick, comme firent les deux bâtiments qui avaient été repris^ et, même avec notre mât de fortune, il se trouva que nous pûmes voguer aussi vite qu'eux. Le malin suivant, nous aperçûmes le brick, à environ trois milles devant nous , qui était en panne , et avait en sa possession les trois navires. Nous le rejoignîmes, et j'allai à bord. AVebster reçut le commandement du corsaire , et après avoir demeuré tout le jour à l'ancre, tant pour envoyer des maîtres sur les prises, que pour transporteries captifs sur le Serpent à sonnettes, et pour ajouter un meilleur mât de fortune, nous finies, tous ensemble, voile vers la Barbade. De retour sur le brick , j''appris ce que j'avais ignoré jusque-là, que nous avions seulement eu deux morts, un matelot et un mousse, et cinq blessés. J'oubliais les noms des d(>ux autres corsaires; ces noms étaient l'Étoile et la Madeleine. Une quinzaine après, nous arrivâmes heureusement, avec toutes nos prises, dans la baie de Carlisle, où l'amiral était venu lui-même mouiller deux jours auparavant. J'ai à peine besoin de dire ([u'O'Crien

reçut de lui l'accueil le plus flatteur, et qu'il retira beaucoup de gloire d'un semblable exploit. Je trouvai à terre plusieurs lettres de ma sœur, et leur contenu me causa beaucoup de peine. Mon père avait passé quelques mois en Irlande, et il était revenu sans s'être procuré le moindre renseignement. Il se laissait aller à une profonde tristesse, me marquait ma sœur, négligeait complètement ses devoirs ecclésiastiques, restait souvent la journée entière sans parler, et était devenu presque méconnaissable, tant le chagrin l'avait maigri et changé. — En un mot, disait-elle, j'ai peur, mon cher Pierre, qu'il ne hâte ainsi le reste de ses jours. Nécessairement , je vis dans la solitude et la mélancolie. Je ne puis m' empêcher de réfléchir à quelle affreuse condition je serais réduite, si nous venions à perdre notre père. Accepter la protection de mon oncle .^ jamais. Cependant, de quoi vivrais-je ; car notre père n'a fait aucune épargne ? J'ai beaucoup travaillé dans ces derniers temps afin de me mettre en état d'être gouvernante, et j'étudie le piano et la harpe plusieurs heures par jour. Combien , oh ! combien je serai contente lorsque vous reviendrez en Angleterre! Je montrai ces lettres à O'Brien, qui les lut avec beaucoup d'attention, et je vis le rouge lui monter aux joues chaque fois qu'il arrivait à un endroit où il était question de lui et où ma sœur exprimait sa reconnaissance pour la bonté dont il m'avait si souvent donné des preuves.

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