‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 118 sur 250 · CHAPITRE XLVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVI

vergue , avait viré de bord et se couvrait de toile sous le vent. — Il ne faut pas vouloir gagner trop, dit alors 0 Brien , car nous perdrions tout. Faites virer, Pierre; nous devons nous contenter de celui qui nous reste.

Nous gouvernâmes alors vers le schooner qui avait perdu son mât de misaine , et nous l'atteignimes bientôt; mais, s'apercevant que son camarade l'avait abandonné, il baissa pavillon à l'instant où nous allions lui lâcher notre bordée. Nos hommes poussèrent trois houras , et ce fut plaisir que de les voir tous se serrer la main les uns aux autres, se féliciter, et rire de l'heureux résultat de l'expédition.

— Maintenant , mes enfants , de l'activité ! nous avons assez fait pour l'honneur , pensons un peu au profit. Pierre, prenez les deux cullers avec un bon nombre d'hommes, et rendez- vous à bord du schooner, tandis que je vais m'emparerdes trois hidiens. Établissez quelque mât de fortune, et suivez-moi.

En une minute, les cutters furent descendus , et munis d'un nombreux équipage. Je pris possession du schooner , tandis que le brick virait de nouveau et faisait force de voile pour atteindre les navires capturés. Ce schooner, qui était le plus grand des trois, s'aj)pelait la Jeanne d'Arc , portait seize canons, et ne comptait alors que cinquante- trois hommes d'équipage, parce que le suiplus avait été mis à bord des prises. Le capitaine avait reçu une grave blessure, et un officier avait péri ; parmi les

marins, il n'y avait eu que huit morts et cinq blessés. Ils m'apprirent qu'ils avaient quitté depuis environ trois mois la baie de St.-Pierre , dans l'île de la Martinique , qu'ils avaient rencontré les deux autres corsaires, et que, croisant de compagnie, ils avaient capturé depuis leur départ neuf navires venant des Indes Orientales. — Mais , dites-moi, demandai-je à l'officier qui me donnait ces détails, n'avez-vous pas été une nuit attaqués par des chaloupes pendant que vous étiez à l'ancre dans la baie de St.-Pierre? — Oui , répondit-il. — Et n'avez-vous pas acheté vos mâts d'un Américain? Sa réponse fut encore affirmative , et nous reconnûmes ainsi avoir capturé le navire contre lequel nous avions inutilement tenté l'attaque qui avait coûté la vie à tant de nos camarades.

Celte circonstance nous transporta tous de joie. — Que je sois pendu , s'écria Swinburne , si je ne croyais avoir déjà vu ce sabord; c'est là que j'ai arraché une pique des mains d'un brigand qui voulait m'en percer, et j'y ai au moins tiré douze coups de mousquet. Oh ! je suis diablement content que ce coquin de navire nous appartienne enfin.

Nous enfermâmes les prisonniers à fond de cale , et nous commençâmes à réparer les avaries du schooner. En une demi-heure, nous eûmes fini de nouer et d'épisser tous les cordages, et comme nous avions amené avec nous deux charpentiers du brick, il ne nous fallut pas plus d'une heure pour établir

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