CHAPITRE LVIII
je tombai entre les rames et j'enfonçai sous la chaloupe. Je remontai sous sa poupe; mais j'avais été tellement étourdi de la violence du coup , que je restai quelque temps sans connaissance. Toutefois j'eus la force de me tenir à la surface de Teau, et je nageai , à ce qu'il paraît , en m'éloignant de la chaloupe jusqu'à ce que je heurtasse une rame qui était tombée à la mer. Elle m'aida à me soutenir, et peu à peu je repris mes sens.
Le soudain retentissement d un coup de canon tiré près de moi me fit tressaillir, et je m'aperçus qu'il était parti de celle des deux chaloupes canonnières dont j'avais tenté l'abordage. Comme la proue de celle-ci était tournée dans la direction de l'autre, et que jentendais un bruit de rames, j'en conclus que mes gens avaient réussi à la capturer. Je hélai , mais ils ne m'entendirent pas , et je la perdis bientôt de vue. Un nouveau coup de canon résonna alors; il partait de la seconde chaloupe canonnière qui faisait retraite, et je distinguai parfiiitement qu'elle ramait vers la terre ; car elle passa tout au plus à vingt verges de moi. J'empoignai sur-le-champ ma rame , et m'en servis pour naf'er vers la côte, dans la direction du convoi.
Une légère brise ridait I'cmu, et je comprenais n'avoir pas de temps à pcidre. Au bout d'environ cinq minutes, j'entendis encore un bruit de rames, et je remarquai une barque qui passait devant moi. Je hélai de toutes mes forces; mes cris parvinrent
aux oreilles des gens qui la montaient, et ils cessèrent de ramer. Je hélai de plus belle; ils ramèrent vers moi, et me recueillirent à bord. Jy trouvai le patron du brick, qui, sachant que l'une des deux chaloupes canonnières avait été prise et l'autre forcép de battre en retraite, cherchait son bâtiment, ou, comme il me dit, ce qui en restait. En peu de temps nous le retrouvâmes, et quoique fort endommagé, il n'avait reçu aucun boulet dans ses œuvres vives. Dans l'espace d'une heure la brise devint très forte, la canonnade avait cessé dans toutes les directions, et nous eûmes bientôt réparé les principales avaries du brick , de manière à ce qu'il pût faire voile et continuer sa route à travers le Sund.
Autant vaut rapporter ici les résultats de l'action que je viens de raconter. Une autre division des chaloupes canonnières avait battu en retraite quand nos barques l'avaient attaquée. La troisième avait repoussé nos camarades en leur tuant beaucoup de monde, mais elle avait elle-même beaucoup souffert, et elle s'était retirée sans faire aucune prise. L'Acaste eut quatre morts et sept blessés ; l'Isis, trois blessés ; le Renne ne perdit personne ; le Serpent à sonnettes compta six morts et deux blessés, dont le capitaine, mais je reparlerai de sa blessure. La mienne se trouva n'être nullement sérieuse. Mon épaule, par suite du coup que j'avais reçu, resta douloureuse et fort noire pendant une semaine, mais voilà tout. D'un autre côté^ cependant, lorsque