‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 198 sur 250 · CHAPITRE LVIIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVIIl

canonnières dirigèrent leur feu sur le vaisseau abandonné derrière lequels'abritaientles chaloupes, et c'est ainsi que l'action continua sur ce point jusqu'à la nuit. L'ennemi ne se souciait pas d'avancer, et nous-mêmes-nous n'avions pas davantage l'envie de quitter notre retraite pour les attaquer. Il n'y avait pas de lune, et lorsque le jour disparut, nous eûmes sous les yeux un magnifique spectacle. Dans le lointain , la canonnade de la frégate et des autres bâtiments de guerre à laquelle répondaient les prâmes et les chaloupes canonnières,qui avaient reçu un renfort de six autres chaloupes, comme nous l'apprimes plus tard ; les éclairs que vomissaient les canons, et que réfléchissait l'eau aussi unie qu'un miroir ; les obscurs contours des nombreux bâtiments de convoi, avec leurs voiles pendant le long des mâts, et dont une partie devenait visible un instant, lorsque les canons tiraient de ce côté, puis disparaissaient tandis que d'autres se montraient momentanément ; le rugissement des pièces de gros calibre qui grondaient en face de nous; k craquement de la charpente du brick, qui était frappée à chaque décharge , et fort souvent percée; enfin, le sifflement des boulets qui passaient à nos oreilles; tout cela dans une nuit sombre, mais pure, et sous un ciel scintillant d'étoiles qui, pour ainsi dire, nous regardaient, composaient un ensemble aussi pittoresque qu'imposant.

Mais je m'aperçus bientôt que les chaloupes

canonnières se rapprochaient de nous chaque fois qu'elles tiraient, et dès lors ne chargeant plus qu'à mitraille, j'attendis, pour faire feu, que la lueur de leurs pièces m'indiquât leur direction. A la fin je distinguai leurs carcasses basses et alongées à deux cables, à peine de nous, et leurs rames qui soulevaient l'eau. Il était évident qu'elles avançaient pour tenter l'abordage , et je résolus de les prévenir s'il était possible. J'avais tiré de la proue du brick, je lis volte-face avec toutes mes barques vers la poupe, je donnai mes instructions aux officiers, et nous nous tînmes immobiles et prêts. Les chaloupes canonnières étaient à environ un demi cable les unes des autres, ramaient de front, et passaient devant nous à environ la même distance, quand j'ordonnai à mes hommes de se précipiter en avant. Mon intention était de tomber avec toutes mes forces sur la chaloupe la plus rapprochée , et en moins d'une demi minute nos proues s'engagèrent entre leurs rames que nous leur arrachâmes pour nous placer de force bord à bord.

La résistance des Danois fut terrible; trois fois je pris pied sur le pont, et trois fois je fus rejeté dans nos barques. Enfin, cependant, nous avions obtenu l'avantage sur eux, et nous les entraînions peu à peu, quand , au moment où je courais sur le platbord pour aller me mettre tout-â-fait en tête de mes hommes, je reçus , dans l'épaule, je crois, un coup de crosse de mousquet qui me fit perdre l'équilibre;

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