CHAPITRE XXXII
même. Et dés que le capitaine mit le pied sur le gaillard d'arrière, O'Brien lui conta tout.
— Eh bien ! dit le capitaine au premier lieutenant, de quoi vous plaignez-vous?
— Des propos de M. O'Brien, monsieur. Est-ce de la sorte qu'on doit me parler sur le gaillard d'arrière ?
— En vérité, M. Phillott , répliqua le capitaine Kearney , je ne vois pas un mot , pas un seul mot, dans les paroles de M. O'Brien, qui soit reprehensible. Je commande sur ce bord , et si un ofTicier dont le rang est presque égal au vôtre , commet un délit, il ne vous appartient pas de vous charger du droit de le punir. Le fait est, M. Phillott, que votre langage n'est pas précisément aussi correct que je le souhaiterais. J'ai à demi entendu tout le débat qui vient d'avoir lieu , et je trouve que vous n'avez pas traité votre supérieur, c'est-à-dire moi , avec tout le lespect convenable. J'ai permis qu'on harponnât le requin, et la conséquence de cette permission-là était d autoriser les petites infractions à la discipline du vaisseau, qui en devaient nécessairement résulter. Néanmoins, il vous semble convenable de défendre en quelque sorte une chose que j'avais permise , chose qui dès lors équivalait presque à un ordre ; vous avez tenu des propos plus que durs , et châtié des jeunes gens qui n'étaient coupables que d'avoir agi d'après mon autorisation. Sovez assez conq)laisant, monsieur, pour les rapjx'ler tous de là-haut,
et ne montrez pins tant de pétulance à l'avenir. Je soutiendrai toujours votre autorité quand l'usage en sera irréprochable ; mais je regrette que dans ce cas vous m'avez contraint de l'affaiblir.
La réprimande n'était pas des plus douces pour M. Phillott, qui, après avoir hélé les hunes et invité les aspirants à redescendre, quitta aussitôt le pont. Dès son départ , nous remontâmes tous sur les hamacs ; le requin fut tiré peu à peu, puis hissé à bord, et toutes les poêles du Sanglier mises en requisition. Nous fumes tous enchantés de la conduite du capitaine Kearney en cette circonstance. — Réellement^ me dit O'Brien, il est aussi bon diable qu'officier habile. Quel dommage qu'il soit si effi'onté menteur... Je dois rendre à M. Phillott la justice de n'avoir pris aucune rancune en cette occasion, mais de nous avoir traités par la suite comme auparavant ; et ce n'est pas peu dire en sa faveur, quand on pense combien un premier lieutenant peut vexer et punir ses inférieurs.