CHAPITRE XXXII
M. Phillott pensa autrement, et commença par apostropher dans son style ordinaire l'officier des troupes de marine.
— M. Westley, je vous prierai de ne pas monter ainsi sur les hamacs. Descendez -en sur-le-champ, monsieur. Si un de vos soldats se permettait pareille licence , je le priverais de grog pour un mois , et je ne vois pas pourquoi vous donneriez mauvais exemple ; vous avez trop long-temps vécu dans les casernes , monsieur, de moitié trop long -temps. Qu'est-ce à dire ! M. William et M. Moore, tous deux aussi sur les hamacs ! Vite, tous deux au bout du petit mat de hunel Vous, M. Thomas, au grand hunier! Et vous-même, jeune homme, qui vous esquivez si lestement , enfourchez la barre de baume , et faites-moi savoir quand votre cheval vous aura conduit à Londres. De par Dieu ! le service s'en va au diable. Je ne sais pas de quel bois se font aujourd hui les officiers. Je marierai sous peu quelques-uns d'entre vous, jeunes gens, à la fille du canonnier ! Le gaillard d'arrière ne ressemble plus qu'à un jardin où 1 on re;^arde des oursj mais doit-on s eu étonner lorsque les lieutenants donnent l'exemple.
Cette dernière remarque ne pouvait s'appliquer qu'à 0 Brien , qui, debout sur la chaloupe du gaillard d'arrière, dirigeait de là l'opération du hissage, lorsque la tirade de M. Phillott était venue interrompre lamusement général. O'Brien s'élança aussitôt hois de la chaloupe , s approcha du premier lieute-
liant , et après avoir touché son chapeau : — M. Phillott, hii dit-il , le capitaine nous a permis de prendre ce requin , et ce n'est pas en se promenant sur le gaillard d'arrière qu'un requin se hisse à bord. Pour ce qui me concerne, je crois, tant que le capitaine est sur la frégate, n'avoir à répondre qu'à lui de ma conduite ; si donc vous pensez que j'aie commis une faute, portez-en vos plaintes au capitaine ; mais si vous prétendez vous servir avec moi du langage dont vous vous servez avec d'autres, c'est à moi-même que vous en répondrez, monsieur. Je suis à la fois oiïicier et gentilhomme, et veux être traité comme tel ; en outre , permettez-moi de vous faire observer qu'à mes yeux un langage grossier et indigne de gens qui ont reçu de l'éducation déshonore plus le gaillard d'arrière que le fait d'un officier qui monte un instant sur les hamacs. Enfin , puisque vous avez cru convenable d'intervenir, vous pouvez maintenant faire hisser vous-même le requin.
M. Phillott devint fort rouge , car il ne lui était pas encore arrivé de se trouver ainsi en contact avec O'Brien. Tous les autres officiers s'étaient tranquillement soumis à ses façons malhonnêtes de leur parler. — Fort bien, M. O'Brien, répliqua-t-il, vous aurez à répondre des propos que vous venez de tenir, et certainement je ferai mon rapport au capitaine sur votre conduite.
— Je vous en éviterai la peine , car voici le capitaine Kearney qui monte, et je vais le lui faire moi-