CHAPITRE XXXV
Sanctissima Trinidad y l'entoura et parvint à nous l'arracher. Nos bâtiments étaient trop malades pour commencer une nouvelle action , et Tamiral fit un signal pour qu'on s'assurât des prises. Les Dons firent alors ce qu'ils auraient du faire plus tôt. Ils se rangèrent en ligne , et nous nous hâtâmes d'en faire autant. Toutefois , nous avions les uns et les autres suffisance de combat.
— Mais pensez-vous , Swinburne , que les Espagnols se soient bien battus ?
— Ils se seraient encore battus mieux s'ils avaient seulement su la manière de s'y prendre. Les Dons ne manquent pas de courage , M. Simple, mais ils ne se soutiennent pas les uns les autres, \oyez , au contraire, comme Troubridge nous a soutenus ! Dieu ! M. Simple, c'est là un fameux capitaine, et Nelson le savait bien. Il était le bras droit de Nelson , mais il n'y avait pas de place pour deux Nelsons à la fois. Quant aux Espagnols, ceux de leurs vaisseaux qui prirent part à l'action se conduisirent admirablement, il faut le reconnaître; mais pourquoi n'étaient-ils pas tous là où ils auraient dû être ? S'ils s'étaient mis en ordre serré et avaient tous combattu aussi bien que (^ux qui restèrent en notre pouvoir , il n'aurait pas été facile à quinze vaisseaux d'en rosser vingt-six. C'est une fiére différence, même lorsqu'il y a pour compensation le courage et l'habileté des marins anglais.
— Mais comment vous séparâtes vous ?
— Eh bien I la matinée suivante , les Espagnols eurent l'avantage du vent, de sorte qu'ils pouvaient ou recommencer Taction ou se retirer. Ils semblèrent d'abord avoir quelque envie de tenter une seconde fois la fortune j car ils avancèrent vers nous ; sur quoi , nous pinçâmes notre vent au plus vite pour leiir montrer que nous étions prêts à leur souhaiter le bonjour ; mais alors ils y réfléchirent à deux fois et virèrent de bord. Donc , comme les uns ne voulaient pas se battre et que les autres ne s'en soudaient pas trop , on se sépara pendant la nuit ; et deux jours après, pour notre compte, nous j-etàmes l'ancre , avec nos quatre prises , dans la baie d« Layos. Voilà, M. Simple, Thistoire tout entière de la bataille du cap St. -Vincent, mais je me suis enroué, je crois, à vous en faire le récit. Par hasard, ne vous resterait-il pas une goutte de grog , pour que je me gargarise la gorge , ce serait une charité.
— Je crois qu'il m'en reste un peu , Swinburne , et vous le méritez si bien que je vais vous le chercher.