CHAPITRE XLII
Nous appareillons pour les Indes Occidentales. Un volonlaire vient à bord de notre brick , mais on le refuse et on le renvoie à terre pour des raisons que ce cbapitre expliquera au lecteur d'une manière salislaisante.
Nous fumes transportés de joie quand le maitre d'équipage arriva à bord pour nous mener en rade, et nous le fûmes encore davantage quand nous vîmes , dès la sortie du port , que le brick , qui venait d'être lancé lorsqu'O'Brien en avait reçu le commandement, paraissait être un excellent voilier. Il réalisa toutes nos espérances dés que nous parvînmes au large ; il fdait merveilleusement bien , dépassait tous les bâtiments qui voulaient marcher de commun avec nous et atteignait en un clin d'œil tous ceux à qui nous donnions la chasse , prenait le vent comme par magie et virait eu une seconde. Trois jours après, nous jetâmes l'ancre dans la
rade, on distribua la paie à l'équipage, et le lendemain soir nous arriva Tordre d'apareiller avec des dépêches pour l'île de la Jamaïque. Nous partimes avec un bon vent, et nous fûmes bientôt hors du canal. Tout notre temps fut alors consacré à dresser notre nouvel équipage à l'exercice du canon, et à leur apprendre à manœuvrer avec ensemble. Aussi , une excellente discipline régnait-elle déjà à bord lorsque nous primes les vents alises.
Le premier lieutenant était un personnage assez original. L'exemple d'un frère qui était grand amateur de courses, de chasse, et autres plaisirs de ce genre , lui avait inspiré une véritable passion pour de semblables goûts. Il savait le nom de tous les chevaux qui avaient été victorieux depuis vingt ans à Derby et aux Oaks ; il excellait dans tous les exercices gymnastiques , tirait admirablement^ et avait à bord son chien d'arrêt. Au reste, c'était un grand dandy dans sa toilette ; il portait toujours des gants, même lorsqu'il était de service, possédait de bonnes manières , et était joli garçon ; d'ailleurs assez bon marin , c'est-à-dire qu'il en savait assez pour remplir très convenablement ses devoirs , et l'on voyait que depuis qu'il était premier lieutenant et qu'il se trouvait contraint de travailler, il apprenait son métier tous les jours. Je n'ai jamais rencontré camarade meilleur ou plus brave jeune homme. Un brick ne peut avoir que deux lieutenants ; le maître d'équipage était un jeune homme sans éducation , intelli-