‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 98 sur 250 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

— Mais, encore une fois, O'Brien, que va devenir la pauvre fille ?

— Elle va se rendre auprès de mon père et de ma mère , dans l'espérance que je reviendrai un jour et que je l'épouserai. J'ai écrit au révérend Mac Gratli de voir ce qu'il y a à faire.

— Ne l'avez-vous donc pas détrompée ?

— Le révérend Mac Grath le fera ; moi je ne le pouvais. C'eût été lui donner la mort; c'eût été lui percer le cœur, et ce n'est pas à moi de frapper ce coup. J'aurais préféré mourir, préféré devenir son mari que de le faire. Peut-être, quand je serai loin, prendra-t-elle mieux son parti. Le révérend Mac Grath arrangera Taffaire.

— O'Brien , je n'aime pas ce révérend Mac Grath.

— Ma foi ! Pierre , vous pouvez avoir raison ; moi-même, je n'approuve pas précisément tout ce qu'il dit; mais que peut-on faire? ou l'on est catholique et l'on croit ce qu'enseigne l'Église , ou bien on ne l'est pas. Abandonnerai-je ma religion , maintenant qu'elle est persécutée? Jamais, Pierre; en tout cas je ne pense guère en trouver à l'étranger une beaucoup meilleure. Cependant, je n'aimerais pas que dans celte circonstance l'avis de mon confesseur fût en contradiction avec ma conscience. Le révérend Mac Grath est un homme qui entend les affaires de ce monde, mais cela dépose contre lui seulement, non contre notre religion ; mais je n'ai-

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me pas à m'entretenîr arec vous sur ee sujet ; personne, vous excepté , ne sait que je suis catholique, et jamais, à l'amirauté, on ne m'a demandé de jurer le contraire ; serment que je n eusse jamais prêté, quoique le révérend Mac Giath dise que je puisse jurer tout ce qu'il me plait avec ce qu'il appelle les. hérétiques, et promette de me donner l'absolution. Rerre, mon cher ami, brisons sur ce sujet.

Je n'en reparlai plus ; mais je puis aussi bien terminer tout de suite Thistoire de la pauvre Ella Flanagan ; car elle ne reparaîtra plus sur la scène. Environ trois mois après , nous reçûmes du révé« i^end Mac Grath une lettre qui marquait que la jeune fille était arrivée à bon port auprès des père et mère d'O'Brien, pour qui elle avait été une grande consolation et qui souhaitaient la garder toujours avec eux. Le révérend Mac Grath lui avait dit que lorsqu'un homme devenait capitaine de navire au service de l'état, c'était absolument la même chose que lors* qu'il entrait dans un couvent , il ne pouvait plus se marier. La pauvre fille l'avait cru , et persuadée qu'O'Brien était à tout jamais perdu pour elle , elle avait, d'après les conseils du révérend Mac Grath, prononcé des vœux dans une des nombreuses mai-» sons religieuses dellriande, afin, disait-elle, de prier jour et nuit pour l'homme qu'elleavait aimé ; quelques années plus tard , nous apprîmes qu'elle allait bien et ne se trouvait pas trop malheureuse ; mais O'Brien n'oublia jamais comment il avait agi à l'égard de cette

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