‹ Pierre Simple (volume 2)Chapitre 97 sur 250 · CHAPITRE XLÏl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLÏl

— Asseyez- VOUS, Pierre; jamais de ma vie je ne me snis senti pins malheureux et plus mécontent de moi-même ; il me semble que tout bonheur est fini pour moi. Le genre de vie d'un marin ne le met eji contact qu'avec la partie la moins estimable du sexe féminin, et nous ne connaissons pas le véritable prix de la meilleure. Je pensais peu, quand je débitais mes sornettes à cette pauvre fille , que je brisais un des plus tendres cœurs du monde et que je détruisais pour toujours le bonheur d'une femme qui aurait xlonné sa vie pour moi. Vingt fois, Pierre , depuis le moment où vous êtes parti , je me suis regardé dans la glace pour voir si je n'ai pas l'air d'mi scélérat. Mais, pour le sang de St. -Patrice ! je croyais que l'amour des femmes ressemblait à celui des hommes, «t qu'après trois mois de croisière il ne serait plus question de rien.

— Je pensais qu'elle était passée en France.

— Moi aussi ; mais elle m'a raconté toute l'histoire. Le révérend O'Toole et sa mère l'ont amenée sur la côte près d'ici , afin de s'embarquer avec elle sur une chaloupe qui fait la contrebande avec Dieppe. Lorsque ia chaloupe aborda pendant la nuit pour les prendre, la mère et le misérable prêtre y montèrent ; mais elle trouva que c'était quitter le monde entier qu'abandonner le pays ou j'étais, et elle recula. Les douaniers survinrent, un ou deux coups de pistolet furent tirés, la barque démarra sans elle, et la pauvre fille, avec tout le bagage, fut laissée sur

le rivage. Elle retourna à la ville voisine avec les douaniers; elle leur déclara la vérité, et ils lui rendirent la liberté. Elle trouva dans la valise du révérend 0 Toole des lettres qu'elle lut et où elle apprit qu'elle et sa mère avaient été placées à Dieppe dans un couvent. Comme le nom du couvent était désigné dans les lettres , qu'elle dit fort importantes , mais que je n'ai pas encore eu le courage de lire, elle alla chez les gens dans la maison desquels ils s'étaient cachés avant leur embarquement , les pria de faire passer à sa mère les effets ainsi qu'une lettre, et lui renvoya tout, sauf la correspondance, qu'elle garda pour moi; elle avait reçu, depuis, une réponse de sa mère qui lui annonçait se trouver fort bien au couvent, et la conjurait de venir la rejoindre aussitôt que possible. La mère a prononcé ses vœux une semaineaprés son arrivée; ainsi nous savons où la trouver, Pierre.

— Mais où la pauvre fille va-t-elle se retirer maintenant, O'Brien?

— C'est là le pire de l'affaire. Il paraît qu'elle s'était flattée de ne pas être découverte avant que nous n'eussions mis à la voile, et qu'alors, disaitelle, pauvre petite, elle se serait jetée à mes pieds et aurait prié pour moi pendant la tempête ; mais je lui objectai que ce n'était pas permis , que c'était impossible, et qu'on ne m'autoriserait pas à l'épouser. 0, Pierre, c'est une bien triste aventure, continua O'Brien, en passant la main sur ses yeux.

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