CHAPITRE XVIIl
Il n'était pas même à moitié chemin lorsque deux soldats rempoignéreiit au collet et le firent rétrograéév vers la batterie. Les troupes ft'aiiçaises arrivèrent ensuite jusqu'au rivage; mais tout vif que fut leur feo'y notre cutter échappa et rejoignit les autres chaloupes, qui avaient , sans trouver beaucoup de résistance, capturé les barques canonnières et le convoi. Nos grandes chaloupes avaient des caroilades établies à l'avant ; elles répondirent bientôt par des décharges à boulet et à mitraille , et repoussèrent tes troupes fraiiçaisesdans la batterie, d'où elles virent, à couvert, nos marins se rendre maîtres de la plupart des bâtiments du convoi, et brûler ceux sur lesquels ils ne pouvaient mettre du monde. Pendant ce tempslà, 0 Brieii' avait été emmené dans la batterie avec moi sur son dos ; mais en y arrivant , il me déposa doucement à terre et me dit : —Pierre, mon garçon, tant que vous étiez sous ma garde je votis eusse porté à travers balles et boulets, mais à présent que vous voilà sous celfë de ces gueux de Français , ma foi ! qtt'ils votis portent. Chacun son paquet, Pierre, c'est de toute justice. Si donc ils vous jugent digne d'être porté, qu'ils vous chargent sur leurs épaules.
— =- Mais, à supposer qu'ils m'en jugent indigne, O'Brien, m'abandonnerez-vous ici?
— Moi, vous abandontler, Pierre! Jamais, mon garçon , jamais , tant qu'il dépendra de moi. Eux non plus , ne vous abandonneront pas , ri'ayez pas peur ; les prisonniers sont si rares pour eux, qu'ils
ne relâcheraient pas le singe du capitaine, s'ils mettaient la main dessus.
Dès que nos chaloupes furent hors de la portée des balles, l'officier en chef des troupes françaises examina les canons de la batterie, dans l'espérance de les atteindre à boulet, et grand fut son désappointement de les voir tous encloués. — Il lui faudra, je crois , être plus fin qu'une pie pour trouver une seule lumière qui ne soit pas bouchée, dit O'Brien qui suivait l'officier des yeux. Et ici je dois observer que c'était de la part d O'Brien une grande présence d'esprit d'avoir encloué le dernier canon; car les Français , n'en eussent-ils eu qu'un seul pour tiier sur nos chaloupes, tandis qu'elles remorquaient les prises, leur auraient beaucoup fait de mal , et nous aurions perdu beaucoup de monde ; mais , en agissant ainsi et en essayant de me sauver, il se sacrifia hii-mème et tomba au pouvoir de l'ennemi. Quand les troupes cessèrent de tirer , leur commandant s'approcha d'O'Brien, l'examina, et dit : — officier? à quoi O'Brien répondit par un signe de tête. Puis, me montrant : — officier? dit-il encore. O'Brien répondit par un second signe de tète, sur quoi les soldats français , comme 0 Brien me le conta plus tard , éclatèrent tous de rire, parce que je n'étais, disaientils, qu'un enfant. Je souffrais beaucoup, je me sentais extrêmement faible , et ne pouvais me tenir sur mes jambes; lorsque le commandant des troupes françaises, après avoir laissé un détachement dans