‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 127 sur 219 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

la batterie, jugea convenable de retourner à Cette d'où il venait, on fit marcher 0 Brien, mais six soldats me portèrent sur trois mousquets , façon de voyager qui n'est jamais fort agréable, et qui dans mon état me parut horrible. Cependant, je dois dire qu'on me témoigna beaucoup d égards et qu'on mit quelque chose, une capote, je crois, sous ma jambe blessée , car j'étais à l'agonie, et plusieurs fois je perdis connaissance. Enfin, on m'apporta un peu d'eau à boire. Oh ! combien elle était délicieuse ! J'ai souvent songé depuis , en me trouvant à de somptueux repas, où des amateurs de la bonne chère faisaient claquer leurs lèvres de plaisir après avoir dégusté leurs bons vins, que s'ils pouvaient seulement être blessés et porter un verre d'eau à leurs lèvres , ils sauraient alors ce que c'est que trouver un breuvage bon. En une heure et demie , temps qui me sembla avoir au moins duré cinq joru's, nous atteignîmes la ville de Cette , où je fus déposé dans la maison de l'oflicier qui commandait les troupes , et qui pendant le chemin était plusieurs fois venu me regarder en se disant : — Le pauvre enfant ! On me plaça sur un lit, et ce fut pour m'évanouir encore. Lorsque je recouvrai l'usage de mes sens , je m'aperçus qu'un chirurgien m'avait bandé la jambe et qu'on m'avait déshabillé. O'Brien se tenait à côté de moi et me semblait avoir pleuré , car il avait cru que je ne rouvrirais pas les yeux. Lorsque je le regardai en face : — Pierre , vilaine bète que vous

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êtes, me dit-il , combien vous m'avez fail peur î Mais malheur à moi si jamais je me charge dun autre bamhin. Pourquoi donc faisiez-vous le mort ?

— Je suis mieux maintenant, 0 Brie n, répoudisje; oh I que ne vous dois-je pas de reconnaissance, à vous qui n'avez été fait prisonnier qu'en vous efforçant de me sauver.

— Je uVù été foit prisonnier que pour avoir d'une manièi^e ou d'une autre rempli mon devoir. Si cet imbécile d armurier n'avait pas tenu son marteau si fort , ce qui ne pouvait plus lui servir de rien, jaurais eu assez de temps pour me tirer d'aiîaire et vous sortir aussi d'embarras! ^lais, au total, tout cela n est absolument rien, Pierre; car, à ce que je puis voir, la vie consiste pour un homme à trébucher et a se relever. Nous venons par la grace de Dieu, de tomber le nez contre terre ; éh bien , ce sera encore pai- la grace de Dieu que nous nous relèverons. Dépêchez-vous donc , mon petit , et guérissez-vous , car quoiqu'un homme puisse s'évader courant sur deux jambes , J€ nai jamais ouï dire qu'un jouvenceau, en sautillant sur une seule, se soit échappé d'une prison française.

Je serrai la main que me tendait O'Brien , et je regardai autour de moi; le chirurgien était d'un côté demon lit, et l'olhcier qui commandait les troupes, de l'autre. A mon chevet, je vis une petite fille d une douzaine d'années, qui tenait une tasse au moyen de laquelle on venait de me faire avaler quelque chose.

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